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mercredi 23 avril 2008 11:24

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« [Rec] » : prises de sang

Virus. Réjouissant « survival horror » caméra au poing

par Bruno Icher

tags : vidéo , Dailymotion , YouTube , Horreur

Quand la police arrive, il est déjà trop tard. Les boules... DR

[Rec] de Jaume Balagueróet Paco Plaza avec Manuela Velasco, Ferran Terraza, Jorge Yamam... 1 h 20.

Si [Rec] avait été tourné comme n’importe quel film d’horreur à petit budget, ce qu’il est fondamentalement, il est probable que le résultat aurait été frappé du sceau de l’ennui mortel. Or, non seulement le film fout une trouille de tous les diables, mais il semble renouveler le genre horrifique dans une de ses résurrections aussi violemment éruptives qu’éphémères.

Le film de Jaume Balagueró et Paco Plaza raconte une banale histoire de virus métamorphosant ses victimes en morts vivants cannibales. Une situation plutôt conventionnelle donc, dans le registre archi-balisé du survival horror. Sauf que cette affaire est rendue par le truchement d’une unique caméra vidéo. L’engin est transbahuté par un journaliste d’une modeste chaîne câblée de Barcelone qui produit une émission consacrée aux gens qui travaillent pendant que la ville roupille. Ce soir-là, le cameraman et la jolie présentatrice vont passer la nuit dans une caserne de pompiers, histoire de prouver aux braves contribuables que l’argent de leurs impôts est bien utilisé. A vrai dire, ils n’en espéraient pas tant. Ils vont filmer une heure et vingt minutes d’horreur brute et de panique, sans mise en scène, sans montage, sans artifice. Du moins en apparence bien sûr. Plans séquences interminables, cadrages mal foutus, flous baveux, sons saturés, tout relève ici de l’esthétique crapoteuse des vidéos amateurs de YouTube ou Dailymotion, entre Vidéo gag sanguinolent et téléréalité fauchée.

L’effet de saisissement provoqué par [Rec] tient donc essentiellement à l’astuce formelle de ses images approximatives. Comme si la vérité ne pouvait sortir qu’à travers ces machins qu’on s’échange sur le Net, qui fascinent autant qu’ils horrifient. Une sorte de label « 100 % authentique », sans filtre ni distinction. Dernière démonstration en date  : ces quatre minutes atroces d’une gamine molestée par ses petites camarades dans un lycée de Floride, images vues et commentées par plusieurs millions d’internautes en quelques jours.

Pour autant, Jaume Balagueró et Paco Plaza ne sont pas les premiers à utiliser l’artifice de la caméra subjective. Il y a moins de dix ans, Daniel Myrick et Eduardo Sánchez faisaient sensation avec leur Projet Blair Witch. En 1980, Ruggero Deodato avait passé un sale moment dans un tribunal italien pour prouver que les images de son Cannibal Holocaust, montrant une tribu d’anthropophages d’Amazonie violant, ­dépeçant et dévorant les membres d’une expédition de documentaristes, n’étaient pas autre chose que du cinéma. Plus près de nous, George A. Romero a construit son Diary of the Dead, remake de son premier opus, la Nuit des morts vivants, en forme de compilation d’images d’étudiants en cinéma témoins de l’invasion des zombies (sortie française le 25 juin). Dans un autre registre, le très agité J.J. Abrams vient, lui, de produire Cloverfield, réalisé par Matt Reaves, avec un argument semblable. De jeunes gens traversent New York en filmant la destruction apocalyptique de la ville par un monstre de forte taille particulièrement en rogne.

Dans tous les cas, la contrainte consiste à en montrer le moins possible. A suggérer que l’horreur est toujours à l’immédiate périphérie du cadre de l’image. On aperçoit, on devine, on imagine au besoin, mais on ne voit pratiquement rien. Dans cet exercice, Balagueró et Plaza se montrent d’une efficacité bluffante. D’abord parce que la logique de la situation ne sonne jamais faux. Un reporter d’images est là pour filmer, quelles que soient les circonstances. Dans son obsession voyeuriste, il ne lui viendrait jamais à l’esprit de balancer sa caméra pour échapper à l’appétit de cette vieille dame atteinte par le virus, devenue aussi paisible d’une horde de hyènes affamées. Ensuite parce que la chorégraphie du film joue très habilement sur la distorsion du temps. A cet égard, un fameux plan séquence de près de vingt minutes a largement le temps d’endormir la vigilance du public afin de mieux le surprendre. Enfin, et c’est ce qui rend [Rec] aussi attachant, parce que le film a un caractère vaguement nihiliste. Il faudra un bon moment avant que les cinéastes (eux ou d’autres) puissent refaire ce coup-là. On s’est bien amusé et il faut déjà passer à autre chose.


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