lundi 11 janvier 2010 17:56
Records, zique smart et poétique
par Marie Lechner
tags : musique , Japon , iPhone
Sur l’écran tactile du smartphone, chaque oeuvre se présente sous la forme d’un vinyle. DR
C’est un label indé de musique qui n’existe que sur iPhone ou iTouch. Re Chaque sortie se présente sous la forme d’un vinyle sur l’écran tactile du smartphone : on peut zoomer, scratcher avec ses doigts et changer de face en retournant son iPhone. Delaware combine fidélité à la tradition et attrait pour le numérique, ce qui donne lieu à deux jolis néologismes, « tradigital » ou « nosdigitaldie », que les auteurs utilisent souvent pour qualifier leur travail. Ainsi Tone and Pulse joue avec les sonorités de connexion des vieux téléphones à cadran, « premier instrument pour scratcher ». Pong Frog Plop présente des sons mixés selon l’art de l’ikebana, l’arrangement floral japonais. Chaque nouvelle sortie s’accompagne d’un artwork, où l’on retrouve le goût des artistes pour les images pixelisées, les paroles des chansons, de brefs poèmes animés (haïkus revisités, jeux de mots et jeux de lettres). Lorsqu’on télécharge l’une des applications, dont le prix oscille entre 1,60 euro (pour un deux-titres) et 3 euros (pour les « albums »), on accède au magazine gratuit qui présente le catalogue Re Delaware, fondé en 1993 par Masato Samata, dont le travail protéiforme va de la broderie au live et des œuvres sur le Net aux installations, conçoit, dès 2001, des œuvres pour les portables considérés comme « une petite galerie qui tient dans votre poche ». Le Japon est le premier pays où l’i-mode, précurseur de l’iPhone, s’est imposé il y a dix ans déjà. La plupart des Japonais accédant à Internet via leur téléphone mobile (keitai) plutôt que leur PC, il semble tout naturel que cette initiative originale soit née là-bas. Delaware aime le keitai. Leur esthétique est d’ailleurs très empreinte des contraintes liées aux limitations des téléphones i-mode. En passant au smartphone d’Apple, ils ont conservé ce goût du minimalisme et de la simplicité. Ils considèrent le mobile à la fois comme « une toile et un instrument de musique », un mélange excitant entre programmation, design graphique, art et musique. Avec toujours un esprit ludique. Leur mot d’ordre ? « Game over », lorsque ça devient trop sérieux. Paru dans Libération du 9 janvier 2010<ords est une création du collectif d’artistes japonais Delaware. Groupe d’« artoonists », comme ils aiment à se présenter, les quatre membres proposent tous les mois une nouvelle œuvre, au croisement de la musique, du graphisme et de la poésie. Avec toujours une pointe d’humour comme dans Put Needle, un futur hit au pays du Monde flottant. Le morceau sert de minuteur pour la cuisson des nouilles instantanées, à écouter immédiatement après avoir versé l’eau bouillante dans le bol. Trois minutes de musique pour passer « from hungry to happy ».<ords, une dizaine d’extraits de disques à écouter, les bio et des interviews des artistes produits, comme Hajime Tachibana, du légendaire groupe electro pop The Plastics, ou The Beathovens dont la particularité est de « chanter dans des langages qui ont disparu ». Ils viennent également de lancer un nouveau sous-label, Zar-Mo, spécialisé dans les musiques traditionnelles.
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