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mercredi 10 juin 2009 16:35

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Règlement de contes

Le réalisateur de « l’Etrange Noël de M. Jack » adapte un best-seller de Neil Gaiman, « Coraline », et insuffle à cette fable inquiétante l’atmosphère frissonnante d’un « Alice » en eaux troubles.

par Frédérique Roussel

tags : animation , fantastique , littérature

DR

Coraline de Henry Selick d’après le roman de Neil Gaiman, avec les voix de Dakota Fanning, Teri Hatcher, Jennifer Saunders… 1 h 40.

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L’auteur culte Neil Gaiman revient sur l’adaptation de Coraline par Henry Selick.

Il paraît que les contes de fées sont plus vrais que vrais, pas parce qu’ils disent que les dragons existent, mais parce qu’ils disent qu’ils peuvent être vaincus. Cette pensée de G.K. Chesterton s’applique à merveille à Coraline. Coraline n’est pas un conte de fées au sens classique. C’est sans doute une des pires histoires qui puissent arriver à un enfant. La peur y joue le rôle du dragon. Et elle sera logiquement vaincue. Loin de la bluette, Neil Gaiman a écrit là u n conte terrifiant, où l’horreur se niche dans les détails. Sorti en 2002, devenu best-seller, ce roman pour la jeunesse connaît aujourd’hui son adaptation au cinéma, en animation et en 3D. Il est signé Henry Selick, le réalisateur de l’Etrange Noël de M. Jack (1993) et de James et la Pêche géante (1996).

Coraline est né de l’imagination fertile et fantastique de Neil Gaiman pour Polly sa fille, alors âgée de 5 ans au début des années 90. Son héroïne est une petite fille vivante et curieuse, barbée par un déménagement qui l’éloigne de ses amis. Dans l’immense demeure victorienne où elle s’installe avec ses parents, vivent aussi un vieux toqué à grosses moustaches qui dresse des souris et deux actrices excentriques à la retraite entourées de chiens-chiens. Papa et maman ressemblent à beaucoup d’actifs modernes, débordés par leur travail sans une minute à accorder à leur progéniture. Coraline aimerait que sa mère lui prépare de bons petits plats, et que son père cultive son jardin. Peine perdue, les adultes sont tout entiers absorbés derrière leurs ordinateurs, agacés à la moindre perturbation.

DR

Désœuvrée, Coraline décide d’explorer sa nouvelle demeure. Et que trouve-t-elle donc  ? Un passage secret qui va l’amener dans un monde alternatif. D’Alice au pays des merveilles au Monde de Narnia, le thème est loin d’être vierge. Mais Selick lui donne une saveur toute terrifiante en bâtissant de l’autre côté du miroir la presque exacte réalité dans laquelle évolue déjà la petite fille. La même maison, les mêmes pièces, les mêmes parents apparemment. Sauf que… Ceux-ci sont adorables, disponibles, bienveillants dans un monde où la magie permet de faire du piano sans savoir en jouer et où les libellules parlent. Mais la confrontation avec le merveilleux va vite se gâter. De ce côté-là, les personnes ont des boutons à la place des yeux. C’est sans doute l’image la plus angoissante du film que ces ronds de plastique cousus avec des aiguilles. Coraline comprend que si elle accepte les boutons, elle sera perdue à jamais. Les yeux ne sont-ils pas le miroir de l’âme  ? Le refus de céder à cette autre mère, tyrannique dans l’amour qu’elle dit lui porter, fait basculer l’aventure dans un cauchemar. Un félin noir un brin sardonique et beau parleur – il fait immanquablement penser au chat du Cheshire de Lewis Carroll – sera comme la passerelle entre les deux mondes. Au texte de Gaiman, Henry Selick a ajouté un garçon de l’âge de Coraline appelé Wybie, qui vient à sa rescousse et rompt la solitude de la petite fille face au danger.

Henry Selick a réussi à donner une atmosphère étrange et frissonnante à l’histoire. Quand l’autre monde se désagrège, des pans entiers de couleurs disparaissent. Une des images fortes voit Coraline cheminer avec le chat sur un fond blanc uniforme. Impressionnante aussi la course de la sorcière qui n’est plus qu’une araignée d’aiguilles dans une toile. Ce choix stylistique brut, évitant une ronde mièvrerie, avive l’angoisse. Coraline parvient à plus faire craindre la mère usurpatrice que le plus terrible des dragons.

Paru dans Libération du 10 juin 2009


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