Résurrection de courts
« Retour de flamme », une sélection de courts métrages tournés en 1900 et 1950 sauvés de l’oubli ou de la destruction par Serge Bromberg.
par Samuel Douhaire
un Bugs Bunny de 1941 invisible depuis que le politiquement correct a envahi la société et les médias - DR
Retour de flamme 05 Une sélection de courts métrages tournés en 1900 et 1950. Lobster. 1 DVD, 25 euros. Prochaine séance de « Retour de flamme » le 26 novembre à Paris, au théâtre du Trianon. Rens. : http://www.lobsterfilms.com/.
Serge Bromberg est un archéologue du cinéma. Sa mission : sauver les films anciens de l’oubli (ils prennent souvent la poussière dans les caves des institutions ou les greniers des particuliers) et de la destruction (ces bijous méconnus du 7e art ont été tournés sur des pellicules nitrates hautement inflammables). Deux fois par an, au début de l’été et au cœur de l’automne, le patron de Lobster Films fait profiter le public parisien de ses trouvailles, qu’il accompagne lui-même au piano dans une séance de projection aux allures de music-hall. Le succès de ces rendez-vous « Retour de flamme » en salles ou en plein air a trouvé depuis quatre ans un prolongement sur DVD avec des compilations de films courts de toutes époques et de tous styles. Excellente nouvelle cette année : le DVD Retour de flamme, cinquième du nom, se révèle un très grand cru, où se croisent Buster Keaton et John Ford, Tex Avery et Jacques Tati (en guest-star dans une publicité). Le doyen de cette sélection est plus que centenaire (un court extrait de Cyrano de Bergerac colorié au pinceau en 1900, qui rappelle que le cinéma parlant n’a pas commencé avec Le chanteur de jazz vingt-sept ans plus tard), les benjamines à peine sexagénaires (deux publicités Jean-Mineur ringardes à souhait datées de 1950). Il y a de la fiction (notamment le serial allemand Le raid en avion, « fil rouge » de cette collection de DVD) et du documentaire (La samaritaine, sur les coulisses du service de vente par correspondance du grand magasin), du cinéma burlesque bien sûr (The Cook, 1918, avec Buster Keaton en faire-valoir de Roscoe « Fatty » Arbuckle, la première superstar du comique hollywoodien avec Chaplin), mais également de la science-fiction (Excursion dans la lune, de Segundo de Chomon, un remake colorié au pochoir du film-fondateur de Georges Méliès) et du western (By Indian Post, un John ford de 1919 que les cinéphiles ont longtemps cru perdu). Sans oublier un Bugs Bunny de 1941 invisible depuis que le politiquement correct a envahi la société et les médias – le lapin chéri de Tex Avery y martyrise un chasseur noir qu’on croirait sorti de La case de l’oncle Tom. On n’oubliera pas non plus Arthème avale sa clarinette, un court métrage de 1912, pour rappeler que le travail de préservation de Serge Bromberg est une véritable course contre la montre : dans cet agréable film comique aux effets spéciaux à l’ancienne, la décomposition chimique a largement entrepris son travail de sape sur des images qui semblent fondre sous nos yeux...
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