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mercredi 5 août 2009 16:19

  • cinéma

Retourne chez tes parrains

« Little New York », variation ratée du film de gangster.

par Gilles Renault

DR

Little New York, de James Demonaco, avec Ethan Hawke, Vincent D’Onofrio, Seymour Cassel… 1 h 36.

Le générique de début vaut le coup d’œil. Mais on pourrait s’en tenir là. Il s’agit, à la manière des films d’actualités d’antan, d’une présentation à la fois affectueuse et ironique de Staten Island, district situé en face de l’extrémité sud de Manhattan qui est, depuis plus d’un siècle, une des cinq circonscriptions de New York.

A défaut d’être la plus glamour, l’île assume le fait d’avoir été identifiée autrefois comme repaire de la mafia (Al Capone, Lucky Luciano… toute la clique y a un jour traîné sa réputation sulfureuse). Egalement patrie de Christina Aguilera, des rappeurs du Wu-Tang Clan et de Steven ­Seagal, Staten Island parait à la fois complexée et un rien fiérote de ce statut ambivalent.

C’est en substance ce que raconte James DeMonaco, lui-même naturellement originaire de ce furoncle en forme de pétaudière. A l’origine scénariste (le Négociateur, le remake d’Assaut sur le central 13, de Jean-François Richet), DeMonaco a vu grand en voulant entremêler les destins de trois personnages fictifs, quoique emblématiques du coin.

Un ponte de la mafia locale en proie à une violente crise existentielle (non, non, ça ne rappelle rien) qui tente de battre un record mondial de plongée en apnée ( !) et se retrouve plus tard au sommet d’un arbre en activiste écolo ( !!)  ; un vidangeur de fosse septique qui, pour assurer les arrières de sa future famille, se met à avoir les yeux plus gros que le ventre  ; et un épicier sourd-muet qui ne dit rien – et pour cause –, mais n’en pense pas moins.

A partir de ces trajectoires, appelées à se croiser, le metteur en scène tisse sa propre toile, dans laquelle il va s’empêtrer. Brièvement déconcertant – le chassé-croisé conjugue les temps et passe par la répétition de certaines situations –, Little New York devient surtout agaçant à force de vouloir respecter les canons du ­thriller, tout en s’évertuant à multiplier les écarts de conduite qui, trop souvent, frôlent le pastiche malencontreux.

Très loin des modèles du genre, style les Affranchis de Scorsese ou les insurpassables Soprano, que DeMonaco jure ne pas avoir voulu pomper (« comme nous voulions apporter de l’originalité au personnage de Parmie, le parrain, il n’était pas question de refaire les mêmes films », ben voyons), Little New York plafonne en avatar poussif qui ne peut même pas miser sur l’interprétation  : si Vincent D’Onofrio et Seymour Cassel s’en sortent sans dommage, Ethan Hawke (Ethan Coke  ?) tire exagérément sur la corde en petite frappe hystérique. Déjà limite dans Assaut sur le central 13, Lord of War ou 7 h 58 ce samedi-là (également description d’un engrenage criminel, mais autrement exemplaire, de Sidney Lumet), l’acteur se révèle ici juste pénible.

Paru dans Libération du 5 août 2009.


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