lundi 12 juillet 2010 10:59
Retraite de Russie au JT de TF1
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : journalisme , TF1
Kremlin, Moscou - CC Jespahjoy
Guerre froide à TF1. Certes, la rédaction n’en est plus à balancer à la presse un brûlot intitulé « TF1 se donne-t-elle encore les moyens de fabriquer ses journaux ? » comme il y a un an, juste avant que Jean-Claude Dassier, le patron de l’information, ne s’en aille enseigner son art du journalisme aux footballeurs de l’OM, mais ce n’est toujours pas gégéne. Le 17 juin, la Société des journalistes (SDJ) de TF1, « alertée par des rumeurs persistantes dans la rédaction d’une fermeture prochaine du bureau de Moscou », a rencontré celle qui a succédé à Dassier, Catherine Nayl (1). Eh oui, le bureau de Moscou va bien fermer, « d’ici à la fin 2010 ou début 2011 », indique la SDJ dans le compte rendu de ce rendez-vous dont Libération a eu copie. Les raisons ? Selon la SDJ, Catherine Nayl ne s’en est pas cachée, elles sont économiques. « [Elle] nous a dit qu’un objectif de 2 millions d’euros d’économies sur les 147 millions de budget de l’info du groupe (journaux et émissions TF1, LCI, e-TF1) lui avait été fixé par la présidence. » Du coup, couic Moscou, qui coûte 700 000 euros par an pour, a précisé la directrice de l’information, « une quarantaine de sujets diffusés sur les douze derniers mois » sur TF1. « C’est une vraie décision symbolique, j’en suis consciente. Mais je fais des choix et ce qui dicte ces choix, c’est l’antenne. Il faut être pragmatique et ne pas être dans une question de principe. Et je préfère consacrer nos moyens à d’autres postes : les zooms, les enquêtes, les news comme Haïti ou les inondations… » s’est justifiée Catherine Nayl. Il n’empêche que c’est symptomatique d’un TF1 où l’international est réduit à sa portion congrue dans les JT. Une fois Moscou fermé, il ne restera à la première chaîne française que quatre bureaux permanents à l’étranger : Rome, Jérusalem, Londres et Washington. Pour les autres correspondances, TF1 fait appel à des agences privées, parfois créées par des journalistes de la chaîne qui fournissent aussi des sujets clés en main à d’autres médias. Problème, analyse un salarié de la Une, « ça peut créer des situations de conflit d’intérêt ». Surtout, le commanditaire du sujet et celui qui le fait ne se retrouvent plus dans une relation de journaliste à journaliste, mais d’acheteur à client. Pour les journalistes, le fait que le service étranger soit « au cœur des économies réalisées ces dernières années » se ressent sur les JT : « Notre couverture de la flottille de Gaza a été catastrophique, raconte l’une d’entre eux, nous n’avons envoyé personne, c’est le correspondant de Jérusalem qui s’en est occupé. Résultat : là où France 2 faisait neuf sujets, nous nous en faisions deux et un direct. Et ça, ça a été mal ressenti à la rédac. » Un autre journaliste renchérit : « Le problème, c’est l’éditorial : dans les journaux, l’international, mais aussi la politique hors grosses affaires, sont mis de côté, il faut faire Nicodème, Nicodème, Nicodème. » Pour ne rien arranger, l’effet Mondial, qui dope le 20 heures avant les matchs, cache mal les audiences toujours flageolantes et surtout dangereusement proches de celles de France 2. Au point que le patron de TF1, Nonce Paolini, puisse remettre en cause Laurence Ferrari ? Un journaliste se marre « Non, Nonce Paolini, il est comme Sarko, il s’arc-boute… » (1) Qui n’a pas donné suite aux demandes d’entretien de Libération. Paru dans Libération du 09/07/2010
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