lundi 9 octobre 2006 14:56
«Revenir à ces actions jouissives de l’image qui bouge»
Florent Ruppert et Jérôme Mulot répondent à nos questions à propos des phénakistiscopes.
par Bruno Masi
D’où viennent les phénakistiscopes?
Comment ça marche exactement?
Comment intègrent-ils votre dernier récit, Panier de Singe?
Plus largement, votre dessin est très caractéristique, presque abstrait, expérimental...
Le rythme entre les cases et les séquences est essentiel...
Avec le net et votre site, on peut voir vos dessins sous un autre jour...
Florent Ruppert: On aime depuis toujours ces trucs de l’avant-cinéma. Les phénakistiscopes sont les premiers essais sur la persistance rétinienne. C’est un Belge qui les a inventés. Joseph Coutaud, je crois, quelque chose comme ça. (en réalité, c’est Joseph Plateau, en 1831 ndr). Il a été considéré comme le martyr de la science: il aurait regardé le soleil plus de vingt-cinq secondes et en serait devenu aveugle. Mais les avis divergent sur cette version.
Il faut placer son oeil à travers un créneau et faire tourner le disque. Avec le net, la manipulation se fait toute seule. Pour les fabriquer, rien de plus simple: tu divises 360 par 16, tu obtiens 22,5 que tu répètes image par image. Mais Jérôme n’y comprend jamais rien.
Jérôme Mulot: découper les images, c’est le principe même de la bande dessinée. Et visuellement, les phénakistiscopes sont des objets qui nous plaisaient parce qu’on pouvait les intégrer facilement: ils ajoutent une couche supérieure à la lecture, fonctionnent comme un prolongement ou une synthèse. Et on aimait l’idée de proposer un bricolage au milieu de l’album: si certains lecteurs le souhaitent, ils peuvent découper selon les pointillés et fabriquer leurs propres phénakistiscopes. C’est ludique.
FR: On travaille beaucoup parce que notre méthode est lente. Mais on ne veut pas trop en parler. Quand on dessine, on écoute beaucoup les audiobooks, notamment ceux de Céline. Et bien, nous, c’est pareil que Céline. On ne veut pas que le lecteur se rende compte du travail qu’on a fourni. La technique, on ne doit pas la voir. Comme on dit, on ne montre pas les cuisines.
JM: Truffaut disait qu’il avait économisé beaucoup de pellicule en apprenant qu’il n’était pas obligé de montrer une porte qui s’ouvre ou se ferme.
FR: Le site fonctionne comme le prolongement de nos livres. Le côté journal sur le net ou bd blog ne nous intéresse pas beaucoup. En revanche, c’est la possibilité de revenir vers ce pré-cinéma qui nous fascine. Mettre les doigts dans le moteur de l’animation, revenir à ces actions jouissives de l’image qui bouge.
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