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vendredi 15 janvier 2010 10:11

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Richard Stallman : « Il faut exiger la liberté »

par Erwan Cario

tags : licence libre , interview

Richard Stallman à Paris, mardi. Photo Laurent Troude

Richard Stallman a déterminé les quatre libertés essentielles qui définissent un logiciel libre  : la liberté d’exécuter le programme pour tous les usages  ; la liberté d’étudier son fonctionnement, et de l’adapter  ; la liberté de redistribuer des copies, et celle d’améliorer le programme et de publier ces améliorations. Ce sont les piliers d’un mouvement qui a changé l’informatique. Le 21 janvier sortira Richard Stallman et la révolution du logiciel libre (1), la version française d’une biographie signée Sam Williams, publiée en 2002. A la demande de l’association Framasoft, Stallman lui-même a participé à l’actualisation. Ce génie a passé plus d’un quart de siècle à se battre pour ses convictions en faisant très attention aux mots. Il utilise, par exemple, « privateur » pour qualifier les logiciels que d’autres appellent « propriétaires », pour insister sur le fait qu’ils privent les utilisateurs de leur liberté. Rencontre avec tutoiement obligatoire, à sa demande.

Tu as participé à ta propre biographie, quel a été ton état d’esprit  ?

Je n’avais jamais lu la première édition finale. Quand on m’a proposé d’intervenir sur la traduction française, j’ai accepté. Mais il y avait besoin de beaucoup de changements. C’était délicat, je ne voulais pas perdre le point de vue de Sam Williams. J’ai donc décidé de conserver toutes les citations, sauf quelques-unes qui n’avaient rien à voir avec moi, et de préserver toutes les impressions personnelles de l’auteur. En corrigeant beaucoup d’autres choses.

Penses-tu que le logiciel libre existerait sans ton action  ?

Non. Il y aurait peut-être quelques programmes libres. Mais nous avons aujourd’hui des systèmes d’exploitation libres, il est possible de faire de l’informatique normalement sans aucun logiciel privateur. Et ça, c’est le résultat du mouvement que j’ai lancé en 1983. Aujourd’hui, le logiciel libre a une place très importante. Mais notre mouvement n’a pas gagné. Le but est la libération de tous les utilisateurs. Et la majorité continue d’utiliser Windows ou Macintosh, deux systèmes d’exploitation privateurs, donc injustes.

L’utilisation des logiciels libres par le plus grand nombre ne semble pas être ta priorité…

C’est vrai. Je désire que tout le monde soit libre. Mais est-ce plus important de convaincre quelques personnes d’utiliser les logiciels libres, ou d’éduquer plus de gens pour qu’ils valorisent leur liberté  ? Pour avoir les bases d’une liberté durable, il faut éduquer les gens pour qu’ils exigent cette liberté. Le monde offre beaucoup d’opportunités de la perdre. Et si tu ne vois pas pourquoi résister, tu les acceptes. Je me bats pour éduquer les utilisateurs à apprécier la liberté. A ne plus accepter le logiciel privateur. La majorité ne voit pas le problème, ne voit pas la différence, parce qu’ils n’ont jamais imaginé l’idée d’être libre. Il faut pouvoir faire la différence.

Un exemple  ?

Si les quatre libertés essentielles ne sont pas là, le développeur exerce un contrôle sur l’utilisation. Il peut faire ce qu’il veut. Il peut mettre des éléments nocifs dans son programme pour te surveiller, pour t’imposer des limites… Nous avons découvert des portes dérobées dans des programmes privateurs importants, comme Microsoft Windows, ou le Kindle d’Amazon.

Quelles sont les grandes avancées des dernières années  ?

Les programmes bureautiques, par exemple, sont bons et très utilisés. Les interfaces graphiques aussi fonctionnent bien. Certains Etats et certaines régions font migrer leurs institutions et les écoles vers le logiciel libre. Nous avons donc eu des avancés importantes, même si nous n’avons pas encore gagné.

Le combat des débuts sur le logiciel libre et le partage a dérivé aujourd’hui vers les contenus…

Je n’aime pas le mot contenu pour les œuvres d’art, ça les déprécie. Ce mot suppose que les œuvres n’ont pas d’importance, qu’elles servent à remplir une boîte avec n’importe quoi. Le partage, c’est la fraternité, et c’est le droit de chacun de partager des copies exactes des œuvres publiées, si ce n’est pas commercial. Il faut légaliser le partage, y compris sur Internet. Toute loi pour l’interdire est injuste et n’a aucune autorité morale. L’Hadopi est une loi tyrannique  ! Je suis pour le fait d’aider les artistes, mais d’une manière adaptée au réseau. Le système actuel marche mal  : quelques stars gagnent beaucoup et la majorité ne gagne presque rien. J’ai proposé d’établir un impôt qui serait réparti, mais pas de manière linéaire. Les stars gagneraient plus que les autres, mais dans des proportions plus raisonnables.

Que penses-tu de tous ceux qui considèrent que tu as une personnalité trop rigide  ?

C’est facile, pour quelqu’un qui n’a pas de principes et qui est disposé à vendre n’importe quoi, de considérer les autres comme rigides.

(1) Editions Eyrolles, 22 euros.

Paru dans Libération du 14 janvier 2010


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