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lundi 31 janvier 2011 11:02

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« Rien à déclarer », en ch’tite forme

par Emmanuèle Peyret

DR

C’est peu de dire qu’on a quitté Paris la peur panique au ventre de ne pas avoir de place pour le dernier film de Dany Boon, Rien à déclarer, sorti en avant-première mercredi dans le Nord. A grand renfort de matraquage marketing (22 millions d’euros de budget, le double des Ch’tis, qui enregistra 20 millions de spectateurs en 2008), affiches, pavoisement de la gare du Nord à Paris, spéculoos (les biscuits locaux) aux armes du film, 86 copies ont jailli dans le Nord et en Belgique, certains complexes proposant 24 séances par jour, avec des salles ouvertes en plus. La ch’folie, on vous dit.

Arrivée sur zone, soit Lille centre UGC, sur le coup de 12 h 30, un peu après les trois séances en décalé (depuis 10 h 30, « du jamais vu », selon la com de l’UGC), des caméras attendent le client… dans un hall plutôt vide, avec des employés assez sarcastiques : « Pas plus de monde que pour une sortie normale, observe l’un d’eux. Du gros marketing, à ce point-là, c’est ridicule, c’était vraiment pas la peine d’ouvrir trois salles le matin en plus et d’embaucher du personnel. » « Je l’ai vu, moi, renchérit un collègue, c’est marrant mais bon, c’est les mêmes blagues, un film télé, quoi. » Et le premier d’en remettre un petit coup sur la calebasse : « Du pur business, rien à voir avec du cinéma. Les gens, ils devraient savoir s’arrêter au numéro un : on ne voit plus que des "deux" ou des "trois", qui reprennent les mêmes choses. » Ça commence en fanfare, le chef-d’œuvre de la tolérance franco-belge.

Départ pour Lomme, bourgade à vingt minutes de Lille, briques rouges à perpète et le Kinépolis, avec son parking désert flanqué des enseignes habituelles (Campanile, Pizza Hut) : un grand multisalles ultraconfort. Pas une affiche du film, juste Yogi l’ours et la prochaine blague d’Éric et Ramzy. Où sont les douaniers, quoi ? Et les gens, se demandent une consœur hagarde en haut des escaliers, qui elle aussi tapine en cherchant la foule annoncée : « Du 40% à peine, ils ont dû fermer des salles, car il n’y a pas assez de monde. » À l’Hippopotamus, la serveuse s’avoue « très très déçue de ce premier jour. On pensait bien travailler, et rien. Évidemment, ça tombe au moment des soldes. Les Ch’tis, c’était pendant les vacances de février ». Peut-être ce week-end, espère-t-elle, un peu comme tout le monde.

Même son de cloches ch’molasse dans le Kinépolis, où le dealer de sushi dit que ça commence un peu, mais qu’on sent l’effet de « la crise ». Et puis, analyse-t-il, « les gens ici vont au cinéma en juillet-août, parce qu’ils ne partent pas en vacances ». On regarde les écrans-remplissage des salles dans l’immense hall souterrain, trois salles sur six sont fermées, les autres remplies à moitié, parfois moins. L’ouvreuse est dubitative sur l’utilité des moyens déployés, « les salles sont peu fréquentées, un peu plus ce soir en préréservation. Rien à voir avec le démarrage des Ch’tis ».

Nous voilà dans la salle, devant l’écran géant. Dress-code : plateau pop-corn, chips, Coca. Ce qui fait réagir dans le film : « Je prendrai pas d’alcool mais une petite bière », rires, le douanier qui bave, rires, le discours sous-jacent anti-fonctionnaires grévistes et débiles en informatique, rires, « madame Lanus, non madame Janus », rires, l’accent belge un rien forcé, super-rires, le Belge hystéro antifrançais, rires, le slip qui sonne, rires, les sachets de schnouf dans le fion, rires, la fille gouine, rires. Devant, une dame s’étouffe presque à chaque réplique, commentée d’un « oooooh non », mi-amusé, mi-scandalisé, suivant le comique de la situation.

À la sortie, un peu accablée, on discute avec les gens, qui y voient « une bonne comédie, vraiment » ; « il a eu une bonne idée avec les Ch’tis, il continue dans le filon », dit ce jeune homme en blouson Johnny. Une petite famille avoue s’être « super bien marrée, presqu’autant qu’aux Ch’tis ». La comparaison, on n’a pas fini, y compris en nombre d’entrées, hein ? Et cette dame qui y a vu « un vibrant plaidoyer contre le racisme », qui laisse imaginer, avec l’humour déployé, que le film fera évidemment le carton attendu.

Même si les débuts sont donc en deçà des attentes (« Un succès sans excès » titrait jeudi la Voix du Nord), le panzer marketing, qui a semble-t-il vu un peu grand, doublé de ces « formidables acteurs qui ne sont pas sans évoquer De Funès et Bourvil » (un couple à la sortie), fera que ce week-end devrait être décisif. Pathé ne communiquera pas les chiffres du Nord avant la sortie nationale. Quel ch’uspense, d’ici là.

Paru dans Libération du 28 janvier 2011


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