mercredi 11 juin 2008 10:20
La riposte graduée à la crème anglaise
par Camille Gévaudan
tags : politique , téléchargement , piratage , justice , riposte graduée , Royaume-Uni
CC funadium
« Au troisième avertissement, la connexion Internet est coupée ». On a déjà entendu ça quelque part... La Grande-Bretagne semble prête à s’aligner sur la position française face au piratage. En avril, le gouvernement a menacé les fournisseurs d’accès d’inscrire le système de riposte gradué dans la loi s’ils ne l’adoptaient pas d’eux-mêmes avant l’an prochain. Et Virgin Media est le premier à se soumettre, même s’il a démenti à plusieurs reprises vouloir couper la connexion des pirates. Le FAI préfère annoncer qu’il va combattre le téléchargement illégal par l’éducation : « Nous voulons que les gens profitent de la musique en ligne sans enfreindre les droits des musiciens et des maisons de disques. Cette campagne aidera nos clients à comprendre comment ils peuvent le faire. » Dans la lettre qui sera adressée aux abonnés soupçonnés de fraude, Virgin se contente de rappeler que les médias téléchargeables sur Internet sont protégés par le copyright, et joue la présomption d’innocence : « Votre connexion Internet est utilisée pour partager des fichiers. Nous comprenons que ceci vous inquiète, et vous ne savez peut-être pas comment cela a pu arriver. » S’ensuivent des conseils à tendance publicitaire pour la suite logicielle de sécurité développée par Virgin Media, dont la version complète permet justement de protéger son réseau wi-fi contre les intrusions. Pour le reste, c’est la British Phonographic Industry qui se mouillera. L’association d’éditeurs de musique joindra une deuxième lettre mêlant menaces et conseils sur le même ton naïf : « Il est illégal de partager des fichiers musicaux avec d’autres personnes si vous n’avez pas la permission de l’ayant-droit. Sinon, les musiciens ne pourront pas être payés et les maisons de disques ne pourront pas investir dans la musique que vous aimeriez continuer à écouter dans le futur. » Zut alors ! Et que faire pour éviter ça ? BTI propose aux parents innocents de télécharger le logiciel Digital File Check, qui saura reconnaître ( !) les fichiers musicaux sur leur ordinateur et désinstallera les logiciels peer-to-peer. Une fois la machine purgée, ils sont invités à sensibiliser leurs sales mômes à la question des droits d’auteur, à l’aide d’un petit guide « téléchargeable légalement » (si, si). Si après tout ça, les infractions de l’adresse IP incriminée continuent, c’est la déconnexion et l’assignation en justice. La ministre du Département des Affaires Shriti Vadera se félicite des mesures prises par Virgin : « C’est une première étape très bienvenue pour éduquer les internautes sur l’illégalité du partage de fichiers, qui ravage notre économie. » Dans le même temps, la durée des droits d’auteur dits « voisins » (protection des interprètes et producteurs de musique sur les enregistrements musicaux) pourrait bientôt passer de 50 à 70 ans. Le nouveau Secrétaire à la Culture britannique, Andy Burnham, a récemment fait savoir qu’il était ouvert à cet allongement réclamé par les lobbys du disque et précédemment rejeté par le gouvernement Blair. Sur le même sujet :
La chasse aux téléchargeurs est ouverte au Japon
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