« Rivière noire », l’envers du miracle économique japonais
par Edouard Waintrop
tags : cinéphilie , Japon , le coin du cinéphile
« Rivière noire ». DR
Rivière Noire de Masaki Kobayashi (1957) avec Fumio Watanabe, Ineko Arima et Tatsuya Nakadai, noir et blanc, 1h45, Wild Side Video, 12,99 euros.
Masaki Kobayashi (1916-1996) n’est pas le premier cinéaste japonais venu. On peut même dire qu’il appartient au deuxième peloton des bons réalisateurs de l’Empire du soleil levant, juste à quelques longueurs du peloton de tête, celui des Naruse, Mizoguchi, Ozu, Imamura et Kurosawa. Avec ce dernier, il a même partagé une esthétique, un violent réalisme qui flirte avec le naturalisme, une inclination pour la dénonciation, description de la pauvreté et de l’injustice, aujourd’hui comme hier. Si l’on connaît de lui des films comme Kwaïdan, Hara-Kiri (impressionnant Hara-Kiri alias Seppuku !) ou la Condition humaine (l’un des films les plus longs de l’histoire du cinéma commercial, 200 minutes), La rivière noire est loin d’être un film négligeable dans sa filmographie. Très loin même. En 1957, Kobayashi réussit avec ce film une plongée dans l’envers du miracle économique naissant. Une banlieue crasseuse, écrasée par la chaleur et proche d’une base américaine. Y vivent un tas de marginaux, prostituées, maquereaux, trafiquants en tout genre et pauvres qui ne peuvent faire autrement que partager le même espace avec cette racaille. Nishida est un étudiant sans le sou qui doit accepter de vivre dans un logis précaire de cette zone et de payer un loyer conséquent à une dame sans scrupule. Laquelle n’hésite pas, quand un promoteur pressé lui permet monts et merveilles, à accepter de faire démolir son patrimoine immobilier. Il lui faut cependant avoir l’aval de ses locataires. Et un certain nombre de ceux-ci refusent. Qu’à cela ne tienne ! Les proprios et les investisseurs feront appel à Jo, le caïd du coin. Jo est un jeune homme violent, sadique, qui a su asseoir son pouvoir sur le quartier avec l’aide d’une bande de gros bras lâches et avinés. Il faut ajouter que ce Jo est interprété par Tatsuya Nakadai, un jeune acteur élégant et inquiétant. Et se souvenir de ce que Hitchcock disait : plus le méchant est réussi plus le film l’est aussi. Nishida va résister à Jo, par défi et parce qu’il est amoureux de Shizuko, une jeune fille, que Jo a violée et qu’il tient désormais en son pouvoir. Rivière Noire tient à la fois du mélodrame (avec les sentiments exacerbés et fatals que Kobayashi met en scène) et du film noir (par son côté violent et aussi par la dénonciation sociale qui y est incluse). Le cinéaste s’y révèle un conteur au souffle long. Pas de bonus remarquables dans ce DVD mais le film se suffit à lui-même.
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