mercredi 24 décembre 2008 11:44
Rock around the vioques
Dans « I Feel Good », Stephen Walker suit une chorale rock’n’roll et octogénaire du Massachusetts.
par René Solis
tags : documentaire , musique
I Feel Good, de Stephen Walker, 1h48.
Il y a tout juste un an, les spectateurs des théâtres d’Angers et de Strasbourg découvraient pour la première fois en France le Young@Heart. Cette chorale originaire de Northampton dans le Massachusetts présente deux caractéristiques : elle n’a que du rock à son répertoire et sa moyenne d’âge frise les 80 ans. Les papys rockers américains sont bien mieux qu’une curiosité. Leur show, qui dégage une énergie pas du tout aseptisée, alterne dérision et provocation : du rock de combat avec musicalement rien que du lourd, des Clash à Radiohead en passant par les Stones, les Fugs, les Zombies, les Ramones, Bruce Springsteen ou U2. Fondé en 1982, soumis par la force des choses à un taux de renouvellement élevé, le groupe, qui se produisait dans les maisons de retraite et les écoles de sa région, a initié sa carrière internationale en 1997 et tourne depuis dans le monde entier. I Feel Good, le documentaire réalisé par le cinéaste anglais Stephen Walker, ne prétend pas retracer toute leur histoire. Walker a suivi pendant plusieurs semaines, en 2006, les répétitions de la chorale à Northampton. Il a, d’autre part, choisi de s’intéresser plus particulièrement à huit membres du groupe –sur vingt-cinq, en les filmant chez eux ou durant leurs déplacements. Clou du film, un concert dans la cour de la prison locale, le matin même où le groupe vient d’apprendre la mort de l’un des piliers de la chorale. Avec, sur la pelouse, des taulards sidérés ou en larmes tandis que les vieillards chantent Forever Young de Bob Dylan. De l’humour et de la vitalité du Young@Heart, le film rend bien compte, notamment quand il explore les goûts musicaux de ses membres, souvent très éloignés du rock. Mais I Feel Good souffre aussi –fatalement ?– d’un excès d’empathie avec son sujet. Et se perd alors entre petite musique anecdotique (joies et misères de la vie quotidienne) et grosse artillerie métaphysique (la maladie, la mort, tout ça). Là où filmer simplement concerts (avec chansons sous-titrées) et coulisses, comme pour n’importe quel autre groupe de rock, aurait sans doute suffi. Paru dans Libération du 24 décembre 2008
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