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lundi 20 février 2012 10:31

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Rodolphe Belmer, dauphin dans le grand bain de Canal+

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : Canal+

Photo Olivier Roller

Dans la documentation de Libération, son dossier est plus mince encore que ceux qui le prennent alphabétiquement en sandwich, Georges Beller et Valérie Benaïm. Et pourtant c’est bien cet inconnu de Rodolphe Belmer qui régnera dès l’année prochaine sur 4 534 salariés, assis sur un confortable chiffre d’affaires (4,7 milliards d’euros), des wagons d’abonnés (12,7 millions en tout) à ses pieds et, à la main, le sceptre convoité de grand argentier du cinéma français. Latribune.fr l’a annoncé : à 42 ans et demi, le numéro 2 de Canal+ va devenir dès 2013 calife à la place du numéro 1, Bertrand Méheut, qui n’atteindra la limite d’âge de 65 ans qu’en 2016.

La nouvelle n’est pas une surprise tant Bertrand Méheut a toujours tenu à organiser sa succession, prenant comme contre-exemple, le champ de ruines laissé derrière eux par Patrick Le Lay et Etienne Mougeotte à TF1. La date l’est un peu plus, même si Bertrand Méheut ne disparaîtra pas du paysage en 2013 : le schéma n’est pas encore fixe, mais il est probable qu’il devienne président du conseil de surveillance et Rodolphe Belmer, président du directoire, et prenne donc les manettes.

Quand, en 2003, ce freluquet de 34 ans est nommé DG de Canal+ sous la houlette de Bertrand Méheut, dont le passé dans l’industrie des pesticides lui vaut à l’époque d’être surnommé « Baygon vert » ou « Monsieur Pesticide » dans les couloirs, ça chouine sérieux. « Avec Méheut Finances et Belmer Marketing, grince alors un ancien de Canal+, la chaîne est entre les mains les plus compétentes pour assurer son renouveau créatif. » Au plus mal après l’épisode Messier, Canal+ en est, il est vrai, à son quatrième numéro 2 en trois ans. Et voilà qu’on balance à une chaîne élevée aux Lescure et De Greef un type du marketing, venu de chez Procter & Gamble et d’un cabinet d’audit, avant d’entrer chez Canal+ au marketing.

Et puis bon, Belmer fait son chemin. Après les errements Nagui, Chain, Beigbeder, Maurad (ah tiens, Maurad, on avait oublié), il fait un truc bête comme chou : il revient aux fondamentaux de Canal +. Et choisit un vieux de la vieille, Michel Denisot, pour présenter un genre de Nulle part ailleurs ripoliné : le Grand Journal. Ça marche. Il lance aussi la chaîne dans ce qui devient vite son dada perso : la production originale. A savoir des séries françaises aux moyens confortables, capables de rivaliser avec les grandes sœurs américaines. Ça marche aussi, et les abonnements remontent. Quand Alexandre Bompard, alors éminence grise de Méheut, file à Europe 1, Belmer se retrouve sans rival. Peu à peu, Belmer semble prendre les rênes de Canal + : le rachat spectaculaire de Direct 8 (et Direct Star) en septembre et l’orientation du groupe de télé payante vers la télé gratuite, c’est lui. Des échecs, cependant : la Matinale et l’émission du midi de Canal+ ne décollent guère et la chaîne info i-Télé est distancée par BFM TV depuis belle lurette.

Son intronisation en tant que dauphin rendue publique, le dossier Belmer de la documentation de Libé va-t-il s’étoffer ? Pas sûr : sollicité pour la page Portrait de Libération, il a toujours refusé : « Je n’en fais jamais. » Le Belmer est un animal étrange dans ces milieux de la télé où les patrons n’aiment rien tant que la lumière des projecteurs leur flatte le visage et l’ego. Pas certain, d’ailleurs, que la publicité autour de son intronisation arrange ses affaires. Ni lui ni Canal+ n’ont voulu commenter. « La cible sur son front s’est agrandie », explique un proche. Tandis qu’un autre, fataliste, constate : « Dans ces milieux, c’est fou le nombre de dauphins qui se sont fait buter avant d’arriver au bout. »

 

Paru dans Libération du 17 février 2012


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