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samedi 17 juin 2006 17:24

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« Rome », le bijou de l’arène

Le péplum coproduit par HBO et la BBC part à la conquête de la Gaule. Reportage à Cinecittà, en plein tournage de la saison 2.

par Françoise-Marie Santucci

tag : série

Envoyée spéciale à Rome

Des toges. Des figures noircies. Des hommes en jupe. L’équipe de la Red Unit tourne à Cinecittà, les célèbres studios de la banlieue romaine, le deuxième épisode de la saison 2 de Rome. D’une chaleur moite comme l’enfer monte un sabir cinéma : « Bonjour ! Silenzio ! And rolling ! » Derrière la caméra, Allen Coulter, un habitué des productions HBO (il réalisa de nombreux Sopranos), présente la figure placide du touriste américain en voyage culturel alors que les comédiens principaux, surtout britanniques, prennent plaisir à faire claquer ; ils sont drôles, vifs, enjoués. On croirait Shakespeare plutôt qu’une Rome antique. A quelques blocs, la Yellow Unit (pour l’anecdote, le rouge et le jaune sont les couleurs de l’AS Rome) met en boîte d’autres scènes de cette deuxième saison, dans une débauche de villas patriciennes, bateaux, échoppes et rues mal famées. Quel décor ! Bien deux heures de visite pour en faire le tour, sans compter la recréation d’un forum, deux fois plus petit que l’original mais déjà sacrément grand, avec ses palais, ses temples (des Vestales, de Vénus), et ses fausses pierres, faites de résine et de fibre de verre. Dans ce grandiose labyrinthe évoluent les deux équipes de tournage, mais aussi les artisans chargés des costumes, des armures, des cuirs, des décors, des peintures, des monnaies et parchemins, etc., ou encore le préparateur militaire, un ex-marine rougeaud et tatoué répondant au doux nom de Billy Budd. Soit 500 personnes environ, qui occupent une bonne partie de Cinecittà (plus de 2 hectares) pour les besoins de ce péplum sexuel et saignant, coproduit par HBO et la BBC. Un effet de mode ? On a eu Gladiator. On a eu Troie. Ou encore Alexandre. L’Antiquité se porte bien en Amérique. Un moyen de s’évader ? Peine perdue. A l’occasion d’une visite guidée, rarissime, à Cinecitta, en compagnie de l’historien Jonathan Stamp, ex-responsable du département d’archéologie de la BBC, réalisateur d’une vingtaine de docus sur l’Antiquité, lauréat de dizaines de récompenses (des Emmys à la pelle), on s’aperçoit que nos souvenirs réactivés des manuels d’histoire se télescopent de troublante façon avec l’actualité contemporaine. Sexe, politique, meurtres, injustice, scandales – toujours le même refrain. Seule la vie des gens a changé. Beaucoup. Et Stamp est là pour ça. Pour expliquer qu’on voyait des phallus partout car « ça portait chance » ; pour répondre aux questions pièges, du style : les Romains avaient-ils des mouchoirs et, si oui, où les mettaient-ils puisqu’il n’y avait pas de poches dans les toges ? (Réponse : pas de mouchoir.) Dans cette Cinecittà où l’on aperçoit encore certaines rues du Gangs of New York, de Scorsese (toujours debout : la tradition veut que les nouveaux venus détruisent les décors précédents, or personne n’a encore tourné là où Martin avait campé son Manhattan), Libération a exploré les coulisses de la série la plus chère jamais produite par HBO (100 millions de dollars). Une série qui, après la fin ou l’arrêt prochain des Sex and the City, Six Feet Under ou Sopranos, constitue la relève attendue de la célèbre chaîne new-yorkaise.

L’histoire
On est en 52 avant J.-C. Jules César conquiert la Gaule, Vercingétorix rend les armes, Pompée intrigue à Rome avec Brutus, Caton ou encore Cicéron, et la République, fraîchement installée, est déjà en danger. Voilà pour le cadre. A l’intérieur duquel on suit les aventures de deux soldats, Lucius Vorenus et Titus Pullo. Le premier est aussi vertueux que le second est sanguin, le premier compose l’une des plus intéressantes figures de héros « moraux » (depuis le bon docteur Jack de Lost) quand le second, sorte de géant vert au coeur d’Obélix, tue en toute gentillesse et réfléchit après. Ces deux-là sont des héros de la 13e légion de César et les seuls soldats « lambda » que le grand Jules mentionna dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules. L’intelligence du créateur de la série, Bruno Heller (un Britannique qui n’avait pas fait grand-chose avant), est d’avoir choisi de raconter ces petites histoires dans la grande, ou l’inverse. Car Lucius et Titus, campés à la perfection par Kevin McKidd et Ray Stevenson, voient leur vie privée se mêler à celle de Rome. A l’issue des douze épisodes (de cinquante-deux minutes chacun) que compte la première saison, on se demande : ont-ils changé ? Qu’ont-ils perdu en route ? Leurs illusions ? Selon Bruno Heller : « Dans cet univers-là, la pitié était une faiblesse, la cruauté une vertu. Seuls comptaient l’honneur, et la loyauté envers sa famille. »

Le réalisme
Criant, affirme Jonathan Stamp. Si la narration de la « grande » histoire subit quelques distorsions de-ci de-là, le tableau de la vie des Romains « d’en bas » est aussi fidèle que possible. Quitte à nous surprendre. « La Rome d’alors ressemblait plus à un Calcutta ou à un Mexico qu’à une ville élégante pleine de marbre blanc », dit Bruno Heller. « Le plus étonnant à propos de cette ville était ses couleurs », précise encore Stamp. Les statues étaient peintes en tons vifs, on les affublait d’yeux de verre, les demeures rivalisaient de décorations finalement assez flashy. Dans la demeure d’Atia, par exemple, deux artisans s’affairent à repeindre un bout de couloir : tons jaunes, ocre, pourpres, jusqu’aux frises en haut des murs (et tant pis si on ne voit jamais, à l’écran, tous ces détails, les gens de HBO y tiennent beaucoup). Ce qu’on découvre dans la série, en revanche, est l’incroyable bordel dans lequel vivent hommes, femmes, enfants et animaux. Une promiscuité totale due à la grande densité de population : un million de personnes vivaient alors entre les sept collines, pour une densité « plus élevée que Hongkong aujourd’hui », précise Jonathan Stamp. Quant au plus choquant, a priori (outre le sexe), c’est-à-dire la violence des rapports entre les hommes et les femmes, et entre les hautes castes et les esclaves, elle est, là aussi, fidèle à la réalité. Les femmes restaient debout derrière leur mari pendant qu’il mangeait, et les esclaves s’achetaient comme un signe extérieur de richesse – l’équivalent d’une « voiture de sport aujourd’hui », dit Kevin McKidd (Lucius Vorenus).

Les moyens
Enormes. La production a joué de malchance (le décor fut noyé sous des pluies torrentielles, entraînant un surcoût élevé), et, alors que la décision avait été prise de continuer le tournage en Bulgarie, les grands pontes de HBO ont décidé de rester à Rome. « Car, nulle part ailleurs, explique l’attachée de presse Mara Mikialian, ni même à Hollywood ou Vancouver, on ne trouve d’artisans capables de créer les accessoires nécessaires à ce show. » En effet. Dans les méandres des grands hangars à l’architecture massive et élégante à la fois, très années 30, on visite les différents chefs de département. Prenez April Ferry par exemple. Un petit bout de femme plus si jeune, venue d’Hollywood superviser la production des costumes. Sacré boulot : plus de 4 000 sont sortis de ses ateliers pour la saison 1. Entourée de quinze à quarante-cinq personnes selon les moments, miss Ferry a confectionné environ 500 tenues par personnage (les principaux). Et, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les femmes ne sont pas forcément les plus pomponnées (c’est Marc-Antoine qui semble le plus coquet). Tout est fait là, des teintures à la confection, en passant par le travail du cuir et du fer pour les casques – seules les sandales viennent de Bulgarie. Dans l’atelier cuir, on remarque d’emblée deux armures vert sombre, ornées, comme des peaux de crocodile, de grosses écailles. « Oh ça, dit April Ferry, ce sont des tenues portées par des gardes qu’on voit à peine dans une seule scène de la saison 1 ! HBO trouvait ça drôle de les fabriquer quand même », dit-elle avec une petite grimace.

Le sexe, etc...
L’une des premières scènes de Rome nous montre la belle Atia, une patricienne qui est la nièce de César, en pleine baise avec l’un de ses gardes, sous le regard d’une assemblée de serviteurs relativement indifférents, mais empressés : l’un d’eux agite un éventail pour rafraîchir l’atmosphère. Un peu plus loin, on verra cette même Atia (un personnage d’intrigante salope digne de la Merteuil de Choderlos de Laclos) pousser son fils prépubère à coucher avec Jules César – en substance : fais un effort chéri, c’est bon pour la famille. Il y a aussi la liaison entre une fille de patriciens et une femme plus âgée, tout aussi noble. Sans parler de Cléopâtre, présentée comme une allumeuse nymphomane. Choquant ? Selon Jonathan Stamp, il en allait ainsi du temps de César : un rapport au sexe dénué de quelques tabous modernes. Mais qui n’allait pas jusqu’à la jouissance débridée. Un homme qui montrait trop d’attrait pour la chose « était vu comme quelqu’un de faible ». Quant à l’homosexualité, si le mot n’existait pas, les actes oui : on a retrouvé, à Pompéi, des traces d’histoires lesbiennes. Pour les garçons, c’est plus compliqué : mieux valait être actif que passif. Jonathan Stamp raconte que Jules César eut à subir moult quolibets de ses adversaires au Sénat car la rumeur courait Rome qu’il avait fauté avec un roi oriental (en tant que passif). « Mais bon, pondère Stamp, les ragots pouvaient aussi venir du fait qu’il portait toujours une toge pourpre, et qu’il menait ses discussions en privé, dans son boudoir. » Là encore, des clichés aux a priori, rien n’a vraiment changé.


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  • « Rome », le bijou de l’arène

    29 mai 2007 00:10, par Simon

    Une troisième saison de la série rome, c’est possible : voici une pétition pour solliciter HBO à réaliser une suite aux deux premières saisons => http://www.petitiononline.com/rome_hbo/petition.html

    Allez nombreux la signer et parlez en autour de vous !

    • « Rome », le bijou de l’arène 3 juin 2007 12:52, par parracino joseph
      BRAVO,pour cette serie CONTINUEZ je suis un fan JOSEPH
  • « Rome », le bijou de l’arène

    3 avril 2007 22:01
    La saison 2 est encore plus prenante que la 1. Cette série est un véritable bijou.
  • « Rome », le bijou de l’arène

    6 mars 2007 21:10, par Alix

    Magnifique !

    La meilleure des séries !

    Dommage, il n’y aura pas de troisième saison...

  • « Rome », le bijou de l’arène

    1er mars 2007 19:50
    J’ai vus la saison 2 en entier en anglais sous titré, elle est d’enfer mieux que la 1.
  • « Rome », le bijou de l’arène

    26 janvier 2007 13:48, par LamaBonga
    Moi, j’aurais bien voulu voir cela en version originale (en latin !)... J’espère qu’ils le proposeront sur le DVD, s’il y en a un... Qousque tandem... ! Ce serait génial... !
  • « Rome », le bijou de l’arène

    21 septembre 2006 13:57, par valery

    Superbe série en effet !

    Deux autres aspects notables :

    - le casting est entièrement composé de britanniques, écossais ou angalis plus quelques irlandais sans doute. Sans doute l’accent rend-t-il les personnages plus "classiques" aux yeux des télespectateurs américains ? Toujours est-il que cela rend la VO particulièrement agréable.

    - les répliques les plus célèbres sont délibérément écartées, sans doute pour ne pas risquer le cliché. Ainsi donc exit le "Alea Jacta Est" et le "Tu Quoque mi Fili".

    - La saison 2 devrait en bonne logique couvrir les affrontements entre Octave (jeune homme fragile mais intelligent) et Marc-Antoine (présenté comme un militaire brutal) : je suis impatient de voir ça.


 

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