Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

vendredi 15 février 2008 11:07

  • internet

Rue Montgallet, déconnecté…

A Paris, dans la rue de la bidouille informatique. Non-initiés, passez votre chemin.

par Bruno Icher

tags : geek , insolite

Rue Montgallet à Paris, le 13 février. Une foule compacte arpente les trottoirs, examinant, une lueur fanatique dans le regard, les affichettes des vitrines. Photo Lionel Charrier, MYOP

La rue Montgallet vaut le détour. On y trouve de l’informatique jusqu’à l’écœurement. Ça fait la joie des geeks, toxicomanes du circuit, et ça assure un dépaysant spectacle pour les autres. Dans chaque parcelle de cette petite rue jadis pépère du XIIe arrondissement de Paris, on erre entre marché asiatique frénétique et métalangage incompréhensible. Pour la municipalité parisienne qui s’en désole, la rue Montgallet est le symbole de la monoactivité déshumanisée. C’est un peu injuste, tant la frénésie ambiante a justement un caractère foncièrement humain, artisanal, bordélique et sacrément grisante, du moins pour les initiés.

Depuis la bonne douzaine d’années que dure le manège, la rue a changé. Mais à doses homéopathiques. Il y a longtemps, dans l’austérité monacale de leur vitrine, les spécialistes n’attiraient le chaland que grâce à une infinité d’affichettes absconses, recouvertes de produits aux noms de formules mathématique assortis d’un tarif forcément attractif car suivi d’un point d’exclamation et, toujours, du mot « seulement ». Sans oublier la farandole des « Prix foli ! » ou des « Ocazions » car ici, ce n’est pas exactement le festival de l’orthographe.

Aujourd’hui, beaucoup ont fait de louables efforts. Certains ont collé de jolies plantes vertes en plastique dans leurs vitrines, d’autres de chouettes petites sculptures fabriquées à partir de rebut de matériel informatique. On ne saurait conseiller de jeter un œil attendri par exemple, à celle de Yottacom, presque à la sortie du métro, où trône un subtil assemblage de ventilateurs et de disques durs tournant dans le vide, le tout éclairé par des néons miniatures rouges et bleus. Entre art brut et mécano monté à l’aveugle. En ce moment, c’est de saison, la plupart des auvents s’ornent de lampions rouges qui soulignent d’une part que nous venons d’entrer dans l’année du rat et que, d’autre part, la quasi-totalité des commerçants sont d’origingeeke asiatique. Ce dont personne ne doutait. Pour le reste, rien n’a vraiment changé.

Chaque samedi, une foule compacte arpente les trottoirs, débordant sur la chaussée, examinant, une lueur fanatique dans le regard, les affichettes des vitrines. Dans ce contexte électrique qui s’anime surtout après le déjeuner (le geek n’est pas un lève-tôt), il n’est pas rare d’assister à des scènes baroques où des jeunes gens, au paroxysme de l’excitation, se précipitent dans une échoppe dont le patron vient d’annoncer par affichage l’arrivage d’un lot de Machinchose 5315, le tout au tarif dérisoire de 219 euros. A l’intérieur des boutiques, ça sent le plastique neuf, la colle de bande adhésive et aussi, c’est humain, un peu la sueur. Mais pour le vertige exotique, on repassera. Tout n’est que boîtier de toutes tailles, fils de couleur, fer à souder et papier à bulles. Les conversations sont animées, bien que totalement hermétiques. Parfois, un mot saisi à la volée donne toute la mesure de sa propre ignorance. Ainsi, « gigabyte » ne fait plus glousser personne et le terme « overclocké »ne désigne en aucun cas un stigmate de brûlure grave ni une femme lourdement enceinte qui entrerait dans son dixième mois de grossesse. En revanche, ce que ça veut dire… mystère.

Car, rue Montgallet, on n’explique pas. Vous savez ce que vous voulez ou vous passez votre chemin. Avec un regard trahissant l’extrême lassitude, les commerçants ont tôt fait de rembarrer le client amateur, le zozo qui s’imagine que, sous prétexte de connaître l’utilité d’une souris, d’une carte mère ou d’un disque dur externe, il peut venir se frotter aux ténors de la spécialité. Il faut dire que les commerçants en question sont soumis à un rude pilonnage. Les clients réguliers de Montgallet, ce sont des pros, des obsessionnels, des virtuoses.

Ils sont au courant de tout, connaissent chaque référence par cœur. A eux, on ne la fait pas. Il suffit pour s’en convaincre d’observer ces deux gamins, ricanant de mépris en observant la devanture du magasin qui annonce son propre top 10 des cartes graphiques. « La PowerColor Radeon 9600 256 Mo ? En numéro 1 ? N’importe quoi ! »

Tout en bas de la rue, le magasin Surcouf, gigantesque espace dédié lui aussi à la magie de l’informatique, est le terminus de la promenade. Le personnel, tout aussi compétent (en apparence car en vérité, on l’ignore), se montre beaucoup plus patient. Et il en faut de la patience, car la quasi-totalité des recalés de la rue Montgallet finissent tous par échouer là avec leurs questions pataudes, leurs airs candides et leurs hésitations d’amateurs. « Et vous pensez vraiment que 500 gigas, c’est suffisant ? », demande un homme d’âge mûr à un jeune vendeur qui, pour la quinzième fois, lui répète que cela dépend de l’usage qu’il souhaite en faire. De dépit, le pauvre homme s’achètera un tapis de souris. Histoire de ne pas rentrer bredouille.


Il y a 3 réactions à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

geek - Au comptoir des geeks

insolite - Volez, souriez, vous êtes filmé

article précédent
Gueule de bois pour l’alcool sur le net
article suivant
Le téléphone fait son numéro


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Bruno Icher
  • réactions (3)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen

Lib.fr

  • Concerts de casseroles au Québec contre la «loi matraque»
  • François Hollande en visite surprise en Afghanistan
  • Un homme arrêté pour le meurtre d'un enfant disparu en 1979
  • Des sénateurs américains veulent frapper le Pakistan au porte-monnaie
  • La projection du film de Dieudonné annulée à Cannes
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008