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lundi 27 avril 2009 17:43

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Rue89, l’info a plusieurs voies

Les sites d’informations sur le Net (5/6)Lancé il y a deux ans, le média innove tous azimuts pour compenser l’absence de modèle économique. 

par Frédérique Roussel

tag : médias

Rue 89 compte 20 salariés dont 15 journalistes emmenés par Pierre Haski - Photo Laurent Troude

L’iPhone d’une main, le guidon de l’autre. Pas de trêve quand on fait de l’information sur le Web. Pierre Haski sort d’un dîner, rentre chez lui à vélo sur les Grands Boulevards et répond aux commentaires d’un article, mis en ligne une poignée d’heures plus tôt, à propos d’un avion français interdit de survol des Etats-Unis à cause de la présence à bord d’un journaliste indésirable. Le président de Rue89 s’est pris au jeu, celui du 24 heures sur 24. Parti du quotidien Libération avec Arnaud Aubron, Laurent Mauriac et Pascal Riché, il a lancé le site qui promettait la « révolution de l’info » le 6 mai 2007, jour du second tour de la présidentielle. Les symboles, en matière de naissance, ne sont jamais superflus.

Deux ans après, Rue89 est encore là. Pas le modèle économique. Ce qui n’empêche pas Pierre Haski de sourire aux anges. Il s’est découvert une vocation d’évangélisateur. Presse club à Strasbourg le 24 mars, Festival international du journalisme à Perugia (Italie) début avril, RFI, ­Ripostes sur France 5, sans parler d’une convocation par la police (1)… Pierre Haski est sur tous les fronts et ne refuse jamais une invitation. La crise de la presse écrite cultive les pythies. « On me pose toujours les mêmes trois questions  : quel est l’avenir de la presse sur Internet  ? Existe-t-il un modèle écono­mique  ? La presse écrite va-t-elle mourir  ? » Inlassablement, il répond.

Rue des Haies (XXe parisien) dans la pépinière d’entreprises qui les a accueillis à l’automne 2007 après des débuts dans la cuisine d’Haski, les ­quatre fondateurs n’ont donc pas déchanté. Rue89, qui compte vingt salariés dont quinze journalistes, fait désormais partie du paysage média­tique. « Mais il nous faut encore du travail pour inventer un modèle économique, reconnaît ­Pascal Riché, rédacteur en chef. La publicité seule ne suffit pas. » Très système D, la « Rue » a dès le départ tenté de trouver d’autres moyens pour financer le site, « qui restera définitivement gratuit », soutient Laurent Mauriac, directeur général. Ils font feu de tout bois aux côtés de leur colonne vertébrale que reste l’info.

Leur premier gagne-pain fut la prestation de sites  : Bibliobs, le site littéraire du Nouvel Obs , celui du conseil général de l’Hérault ou de Cancer Campus. Rue89 a aussi ouvert une boutique avec des tee-shirts et autres mugs sur lesquels se déclinent des « On ne dit pas casse-toi pov’con  ! » (400 unités écoulées) ou le dernier « Je vous demande PARDON pour ce tee-shirt. »

Autre idée, lancée en février, sur le modèle de la célèbre Million Dollar Homepage, un mur où tout un chacun peut se payer une brique entre 15 à 349 euros par an. Le mur leur a rapporté, à ce jour 20 000 euros, quatre fois plus qu’escompté. Le ­concept a déjà été vendu à d’autres, comme Cap Digital. Mais la dernière débrouille en date, c’est de s’être défini comme un centre de formation. La première session s’est tenue dans les murs lundi dernier avec une dizaine de documentalistes. Les voilà aussi entrés dans la coproduction audio­visuelle, avec Point du Jour, pour un webdocu sur l’outrage, grâce à un financement du CNC. Ouf  ! N’en jetez plus. « L’avantage, avec Internet, souligne Arnaud Aubron, en charge du “webmastering”, c’est que le lancement d’une nouvelle rubrique ne prend pas six mois et qu’on peut l’arrêter si ça ne ­marche pas. On a le droit à l’erreur. »

Reste le pilier de l’odyssée, l’information à trois voix (journalistes, experts et internautes), un « concert polyphonique », s’amuse Riché. « Elle a mûri », dit l’un des quatre. La production se réalise à la fois avec les articles des journalistes, les alertes et les informations données par les internautes qui prennent souvent la forme de témoignages. « Ce qu’on a de mieux, c’est ce qu’on va chercher dans les 10 % de commentaires hors débat », rapporte Pierre Haski. Ainsi, deux tiers de ce que publie Chloé Leprince, en rubrique Société, vient du participatif. « Je ­repère des histoires, s’ensuit un échange de mails pour voir s’il y a matière ou pas et je vérifie », raconte cette journaliste de 30 ans, qui ajoute  : « Il y a une soif à faire partie de la fabrication de l’information. »

Aujourd’hui, Rue89 reven­dique 75 000 membres et 1 million de visiteurs depuis novembre 2008  ; 1 500 personnes ont signé au moins une fois un article. Après une recapitalisation de 1,1 million d’euros en juin 2008, « l’objectif est de tenir jusqu’à l’équilibre visé au quatrième trimestre » , précise Laurent Mauriac.

Dans le contexte morose de la presse, Rue89 peut apparaître comme une nouvelle voie pour le journalisme, même flageolante. A peine sorti du ­Centre de formation des journalistes (CFJ), Julien Martin, 26 ans, a fait ce pari. Le premier salarié embauché par Rue89 s’interroge  :« Combien de médias ont créé vingt CDI dans le contexte de crise de la presse  ? »

Article paru dans Libération du 27 avril 2009


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