Rythme & Blu
par Olivier Séguret
Depuis l’annonce, lundi, que Toshiba abandonnait son format HD-DVD, laissant le champ libre au rival Blu-Ray, la compagnie Sony dans son ensemble et sa division PlayStation en particulier ont de bonnes raisons de sabrer le champagne. Mais peut-être pas jusqu’à l’ivresse. Le marché du lecteur haute définition est encore marginal comparé à celui du DVD régulier, même si ce dernier connaît un sévère recul. La disparition de l’un des deux compétiteurs, en effaçant les réflexes attentistes et les inquiétudes sur la pérennité des formats, devrait mécaniquement développer le marché haute def. C’est d’ailleurs le calcul immédiat effectué par Microsoft dont la Xbox 360 avait privilégié le mauvais cheval et qui s’est empressé d’affirmer via des communiqués que l’effet de cette victoire de Sony sera nul sur le business du jeu. Le constructeur a aussi laissé entendre que si la production des lecteurs HD-DVD annexes spécifiques à la console sera probablement stoppée, une profusion de programmes, et en premier lieu des films, viendra enrichir son offre HD online. La réaction de Microsoft est typique de ces réflexes de mauvais joueur que l’on constate dans une certaine frange du business et des médias américains engagés dans l’industrie du jeu vidéo. S’y exprime de façon parfois violente une rage sourde contre l’échec répété de l’industrie nationale américaine à dominer clairement un secteur jugé stratégique. La solidité de la concurrence opposée par le Japon de Nintendo, de Sony et d’innombrables studios de développement nippons, devrait pourtant être jugée comme une bénédiction par les Etats-Unis. Ce sont les rythmes conjoints mais aussi l’affrontement, la fusion, l’imitation réciproque, les originalités culturelles exclusives, la vigueur et la pluralité de ces deux modèles qui ont ensemencé l’exubérant paysage composé par la culture du jeu aujourd’hui. C’est bien de cette sève mêlée qu’ont profité avec bonheur les studios de développement américains, parmi les plus populaires, puissants et créatifs du monde. Et ce sont au final les joueurs qui ont tout à gagner d’une situation où nul n’est en mesure de leur imposer son monopole. Peut-être est-il d’ailleurs temps de souhaiter qu’un acteur chinois, ou brésilien ou russe vienne à son tour sur le devant de la scène pour perturber et enrichir... le jeu.
Mais il n’est pas sûr que celui-ci atteigne jamais l’ampleur de son prédécesseur basse définition : le téléchargement HD a de bonnes chances de se développer lui aussi, aux dépens du Blu-Ray.
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