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samedi 21 mai 2011 10:19

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SFR débouche ses tuyaux... et noie la neutralité ?

par Catherine Maussion

tags : économie , neutralité du net , SFR

Photo Mike Seyfang, CC BY

La saturation du réseau internet donne des idées à SFR. Parce que les flux vidéos engorgent le net et que l’utilisateur se plaint d’images brouillées et de flux ralentis, l’opérateur télécom pousse fort un nouveau modèle : ajouter à son métier de fournisseur de tuyaux, celui de diffuseur de contenus pour le compte de tiers. L’opérateur démarche en ce moment les grosses pointures du net, ces éditeurs de contenus qui saturent la toile — chaînes de télévision, service de video à la demande en streaming — pour leur vendre sa solution.

Son argumentaire — une série de tableaux et de graphes sur PowerPoint — est bien rôdé : « Il s’agit de rapprocher les contenus au plus près de l’utilisateur », explique Alexandre Wauquiez, directeur marketing du réseau. Comment ? « En hébergeant ces contenus chez nous ». Et il poursuit : « Nous, on pense que tous les contenus hébergés sur le réseau mondial peuvent être utilement relayés sur nos serveurs ». Ce qui devrait permettre, assure l’opérateur, « de mieux servir nos clients ». Et l’opérateur de prendre un exemple : « le flux que l’on diffusera — une chaîne de télé, un film en streaming —, s’il est relayé chez nous, n’occupera pas plus de place sur le réseau Internet qu’il y ait un abonné ou 10 000 à vouloir regarder la même chose » (on appelle cela la diffusion TV sur IP multicast, par opposition à la diffusion unicast). D’où l’assurance de qualité.

L’explosion du trafic pour cause de surconsommation de vidéos est effectivement une épine dans le bon fonctionnement des échanges sur la Toile. « Il y a quelques années, on était sur un rythme de croissance du trafic, de 20 à 30 % par an. Maintenant, il double chaque année », insiste t-on chez SFR. On est passé « de l’échange de contenus personnels à la diffusion de contenus de plus en plus professionnels », analyse l’opérateur. L’arrivée de la video en haute définition, des films en 3D, et la déferlante annoncée des téléviseurs connectés (le poste de télévision ira chercher les chaînes que l’on regarde directement sur Internet) accélère encore la pression sur le réseau. Selon le dernier pointage fait par Sandvine, Netflix, le service américain de VOD, est passé premier pour la consommation de bande passante, autrement dit le numéro 1 de la congestion du réseau.

D’ailleurs, à l’« e-G8 », la manifestation voulue par Nicolas Sarkozy et qui réunira, dès mardi prochain, les plus grands acteurs mondiaux de l’Internet en marge du vrai G8, le sujet de la congestion du réseau fait l’objet d’une session : « Echange massif de données. L’infrastructure va-t-elle résister ? »

SFR n’a pas la prétention de désengorger le net. Il faudrait pour cela, reconnaît-il, que son modèle de diffuseur des contenus soit adopté par une majorité d’opérateurs, ce qui n’est pas le cas. Chez Orange, par exemple, on préfère discuter avec les Google ou les YouTube pour les inciter à investir eux aussi dans les tuyaux, de façon à améliorer la fluidité sur le réseau pour tout le monde. En revanche, pour l’abonné SFR, la qualité du service, « grâce aux flux qui seront mieux gérés fera la différence », promet l’opérateur.

Bien entendu, ce métier de diffuseur de contenus mérite une rémunération. Elle viendra des éditeurs de contenus que SFR souhaite facturer pour le service. Toute une palette de prestations pourront être proposées : de la diffusion en live optimisée, au « just in time delivery ». Il y aura aussi du référencement, de façon à mettre en avant la chaîne, du push marketing, de la publicité interactive, et même des données fines sur les habitudes de consommation de l’abonné seront disponibles… Bref, toute la gamme de prestations pour faire consommer son service sera accessible aux éditeurs.

D’où cette question posée par un opérateur concurrent de SFR : « est-ce que ce modèle n’est pas en train de discriminer les flux », entre ceux des majors du Net et les sites plus modestes qui verraient l’accès à leurs contenus dégradés en qualité ? Autrement dit, un gros coup de canif dans la Neutralité du Net.


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