mardi 16 juin 2009 18:19
Sacrilège, la création française se tourne vers Dieu !
Dieu, ses confrères et le paradis sont des thèmes en vogue pour les séries françaises. Souvent pour le pire, hélas...
tags : série , comédie , websérie
« Les voisins du dessus » ou l’impossibilité du LOL - DR
Au hasard d’un tour sur la home page de Dailymotion, l’internaute disposant de 18 minutes et 18 secondes à perdre peut s’infliger la vision du pilote des Voisins du dessus. Le pitch de cette web-série française est : « Vous ne le saviez pas mais juste au dessus de vos têtes, au Paradis, les dieux les prophètes et leurs potes vivent en collocation. Et croyez-le, la vie là-haut n’est pas si simple. Nul n’est prophète en son appart. » Un air de déjà vu ? Pas étonnant, puisque c’est -– au minimum— la troisième tentative franchouillarde dans le registre « comédie et religion » en l’espace de quelques mois, mais nous y reviendrons plus tard. Créé et produit par un certain Kheiron, qui co-signe le scénario avec cinq autres scénaristes (cinq !), Les Voisins du dessus tape donc dans la sitcom œcuménique. Soyons clair, le choix du thème et des personnages de la série (Jésus, Moïse, Boudha, etc.) ne saurait lui être reproché, sous peine de passer pour un fieffé bigot mal embouché. Non, le plus gênant avec ce pilote, c’est qu’il n’est pas drôle. Alors certes, les goûts et les couleurs, tout ça tout ça, d’accord. Mais quand même. Jugez plutôt à l’aune de ces fines répliques lancées par le dieu hindou Shiva à son exaspérante moitié, Parvati : « Chacun chez soi, et les vaches sacrées seront bien gardées ! ». Qui précède le très inspiré « Y’a pas le feu au Gange ! », lui-même suivi par un définitif « tu me casses les samoussas ! ». C’est bien simple, les dialoguistes feraient passer Jean Roucas pour Joss Whedon, le créateur de Buffy. Petit budget oblige, on ne tiendra pas rigueur de l’aspect cheap du décor, d’autant que la réalisation du bien nommée Jean-Baptiste Delannoy est plutôt efficace. Et sans mauvaise foi – c’est le cas de le dire- on avouera avoir apprécié quelques rares vannes bienvenues apparues comme par miracle durant ces 18 longues minutes (comme celles sur Jéhova ou la polygamie). Malgré tout, le projet (qui compte tout de même près de 4000 fans sur Facebook) ne donne guère envie d’en voir plus, ces Voisins du Dessus se rapprochant plus des Filles d’à côté que d’un Friends inter-religieux. Peut-être faudrait-il pour ses créateurs, en plus de sacrées remises en question, un changement stratégique sur le choix du format, celui du shortcom semblant plus approprié. C’était le cas d’une autre web-série divine dont nous vous avions déjà parlé ici-même, fin 2007 : Nous ne sommes pas des saints. Cette shortcom, créée par Nicolas Ragni, marchait clairement sur les pas d’Alexandre Astier (Kaamelot), sans verser dans le copié-collé. Ragni nous expliquait le choix d’un tel univers pour une fiction au budget modeste : « Le paradis, c’était un univers parfait pour une série de ce format. Il y a tout un catalogue de références collectives que tout le monde connaît sans être forcément croyant. Et puis on peut aussi s’amuser avec les grands personnages de l’Histoire, comme Michel-Ange ou Léonard de Vinci. » Aux dernières nouvelles, la série était toujours en attente d’une hypothétique production TV. Et elle serait bien méritée, quand on voit le genre de choses au sujet proche qui arrivent à s’incruster dans les grilles de chaînes TV, fussent-elles de la TNT. [Mise à jour : une étourderie, une absence, un oubli : Nous ne sommes pas des anges a bel et bien trouvé un diffuseur, en l’occurrence la chaîne Comédie ! qui diffuse la série sous la forme d’un 3x26 minutes. Nos excuses aux créateurs...] C’est le cas de Dieu, série créée par Jean-François Porry (alias Jean-Luc Azoulay), à qui l’on doit déjà des fleurons de la fiction française comme Premiers Baisers ou le Miel et les Abeilles. Diffusée sur IDF1, la propre chaîne d’Azoulay sur la TNT francilienne où Dorothée a fait son come-back, Dieu est une série qui permet de voyager dans le temps à peu de frais. De revenir à une époque où Jacques Martin vannait des gosses qui chantaient du Nana Mouskouri, où la Cinq de Berlusconi diffusait K2000 et où la présence d’humour était fortement déconseillée pour une série française prétendue comique. Pour être simple, à côté de Dieu, Les Voisins du Dessus est un petit bijou d’humour qui tutoie sans peine Woody Allen. Incarné par l’ex Incroyable Fiancé Laurent Ournac, Dieu marche sans vergogne sur les plates-bandes de Nous ne sommes pas des saints, pourtant lancé avant. Confiné à un anonymat plus que mérité, Dieu mérite malgré tout d’être montré comme on expose une photo d’herpès dans les cours d’éducation sexuelle, afin de dire : « plus jamais ça. » Comme il serait particulièrement pénible pour les lecteurs de conclure sur une telle infamie, on ne saurait trop les conseiller de se procurer d’urgence le fendard Jesus hates zombies, bande dessinée indé US qui, dans un genre totalement différent mais néanmoins christique et putréfié, prouve qu’humour et religion peuvent malgré tout faire bon ménage.
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