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mardi 14 avril 2009 17:10

  • télévision

« Salengro », le sale air de la calomnie

Téléfilm. Comment la presse d’extrême droite a poussé le ministre du Front populaire au suicide.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : politique , histoire , France Télévisions

DR

L’Affaire Salengro, téléfilm d’Yves Boisset. Avec Bernard-Pierre Bonnadieu, Daniel Mesguich. 110 mn. France 2, ce soir, 20h35.

Il y a un homme derrière le nom du boulevard, de l’école primaire ou de l’hôpital public. Un homme qui ouvre le gaz quatre jours après le discours de soutien du président du Conseil Léon Blum le 13 novembre 1936, et malgré le vote massif des députés en sa faveur. Cet homme, c’est Roger Salengro, le ministre de l’Intérieur du Front populaire.

C’est un livre d’histoire sage et bien illustré qu’ouvre France 2  : le destin d’un homme d’Etat assassiné par la presse qui l’accuse d’avoir déserté en 1915. L’Affaire Salengro ce soir, avant Un homme d’honneur, programmé le 1er mai, où Laurent Heynemann retrace les dernières années de Pierre Bérégovoy (joué par Daniel Russo) qui s’est lui aussi suicidé.

De Salengro à Bérégovoy, le pas se franchit vite. Les deux ne sont pas issus du cénacle politique, s’affichent en socialistes pur jus et tombent en admiration devant leur fin lettré de patron  : Blum pour le premier, Mitterrand pour le second. Et, à soixante ans d’écart, les mêmes sanglots brisent la voix de Blum lors des funérailles de ­Salengro et celle de Mitterrand après le suicide de Bérégovoy.

Il fallait du costaud pour camper Salengro  : c’est Bernard-Pierre Donnadieu. Il est un menhir. Face aux mineurs en grève qui le conspuent (« Social traître  ! »), lui fait masse, les engueule tandis qu’il promet le pire aux patrons des houillères qui refusent d’appliquer les accords de Matignon (40 heures hebdomadaires au même salaire, deux semaines de congés payés)  : la nationalisation.

La même nationalisation dont il menace l’agence Havas, tête de pont d’une presse, tempête Salengro, « aux mains de quelques capitalistes alliés à des réactionnaires ». Toute ressemblance avec une actualité de 2009… Cette presse d’extrême droite – Gringoire, l’Action française – pense tenir Salengro par une sale histoire de désertion dont il a été acquitté mais peu importe, commente Daniel Mesguich en Blum, « calomniez, calomniez… »

Un beau concours de gueules aussi que ce téléfilm à la réalisation linéaire tout juste ­brisée par des flashbacks dans les tranchées de 1914-1918  : le ­monolithe Donnadieu qui semble de plus en plus empêtré de lui-même, Jean-Claude Dreyfus en ogre maniéré rédacteur en chef de Gringoire, Philippe Laudenbach et Jean-Pol Dubois jouent à merveille les raclures en ­Charles Maurras et Léon Daudet. Et comme c’est Yves Boisset qui tient la caméra, ils sont vraiment très très méchants.

Il y a aussi celle qu’on ne voit pas, sinon en photo, mais dont on devine qu’elle n’est pas pour rien dans le suicide de Salengro  : sa femme Léonie, morte un peu plus tôt. Sous le regard glacé du portrait, Salengro ouvre le gaz et écrit deux lettres. L’une à son frère, l’autre à Blum : « S’ils n’ont pu réussir à me déshonorer, du moins porteront-ils la responsabilité de ma mort. »

Paru dans Libération du 14 avril 2009


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