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mardi 15 mai 2012 19:25

  • internet

« Sales caractères » se livre à la police

par Camille Gévaudan

tags : livre , typographie , police

Photo Kim Love, CC BY SA

Sales caractères, petite histoire de la typographie
de Simon Garfield
Seuil, 25 euros.

 

Tout commence par une vision d’horreur : le gros titre du premier chapitre est écrit en Comic Sans MS. « Beuuuurk ! » ne pourra s’empêcher de penser le lecteur, ayant appris sur Internet à détester du fond du cœur cette police de caractères au look enfantin. Mais sait-il par quel miracle elle a réussi à envahir le monde entier, finissant sur les paquets de bonbons aussi bien que sur les maillots de l’équipe portugaise de basket-ball, où elle paraît totalement déplacée ?

Sait-il qu’elle fut créée en 1994 sur commande de Microsoft, pour remplacer la tristoune Times New Roman dans un logiciel qui a depuis sombré dans l’oubli ? Sait-il que... Non, sans doute pas. Mais il l’apprendra bientôt, en attaquant ce premier chapitre au titre si provocateur qui introduit Sales caractères, petite histoire de la typographie.

Tout juste traduit en français, le livre est un régal pour l’internaute curieux de typographie sans en être spécialiste... sans doute car son auteur ne l’est pas non plus : Simon Garfield est un journaliste britannique touche-à-tout, passionné par la Seconde Guerre mondiale comme du développement des trains à vapeur (deux sujets, parmi d’autres, dont il a tiré un livre). La typographie est un autre de ses amours, qu’il fait partager en quelque 300 pages instructives et rigolotes, et surtout bourrées d’anecdotes.

On s’y laisse conter la vie de l’imprimeur Thomas James Cobden-Sanderson, créateur des caractères Doves, qui, « craignant de les voir utilisés dans des ouvrages bâclés ou consacrés à des sujets déplaisants », et par ailleurs peu disposé à laisser son associé reprendre l’entreprise après lui, a balancé toutes ses lettres de plomb dans la Tamise. On y entend parler du génial Mark Simonson, qui analyse minutieusement sur son blog les typographies des films et séries qu’il visionne, recensant et moquant d’innombrables anachronismes. On y découvre bouche bée que les logos si familiers de Kickers, EasyJet et Garfield (la BD) utilisent tous trois la même police épaisse, Cooper Black, sans qu’on y ait jamais prêté la moindre attention.

Chaque police évoquée par Simon Garfield dans son livre est écrite dans la fonte adéquate, pour qu’on la visualise immédiatement et qu’on en saisisse tous les enjeux esthétiques — comme ce contre-poinçon, ce « blanc intérieur » de la lettre o minuscule qui « cherche l’équilibre idéal entre plein et vide » dans la police Johnston Sans, qui habille le métro londonien. Certains chapitres sont même intégralement écrits dans la police à laquelle ils sont consacrés, de sorte qu’on savoure mieux encore leur petite histoire et leur personnalité.

Quand les 300 pages sont englouties, la petite histoire de la typographie continue dans la vraie vie : on se surprend très régulièrement à scruter et analyser les fontes du quotidien — dans la rue, les magazines, les logiciels, à la télévision, sur un billet de train, une carte postale, une affiche. Parfois même, on sait en reconnaître une... et on en tire une immense fierté.


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