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mardi 11 mars 2008 15:15

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Méthodes de libération des panneaux publicitaires

par Marie Lechner

tags : hacktivisme , graphisme , YouTube

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Artistes en tête de gondole

A Gand, Art for Sale s’amuse avec le système marchand.

« Les panneaux publicitaires sont devenus aussi ubiquistes que la souffrance humaine, aussi difficiles à ignorer que la main tendue du mendiant. Chaque fois que vous quittez votre canapé, vous sevrant momentanément de votre cordon ombilical électronique, vous entrez dans leur champ d’influence. Chaque fois que vous conduisez une voiture, que vous entrez dans un bus ou assistez à un événement sportif, vous recevez leurs instructions. Vous ne pouvez vous échapper et vous ne pouvez vous cacher », écrit The Billboard Liberation Front en guise d’introduction à leur guide pratique « The art and Science of billboard improvement » où ils expliquent très concrètement comment hacker les panneaux.

Marlbore (BLF)

Le collectif était invité samedi dernier à l’événement Art for Sale qui se tient jusqu’au 15 mars à Gand. Une occasion rare de rencontrer les membres de cette organisation très secrète. Trois membres du Billboard Liberation Front (BLF) basé à San Francisco, ont présenté leur tactique de « guerrilla communication », révélant tous leurs secrets de fabrication au public, le visage dissimulé par des foulards aux couleurs de la bannière étoilée ou des masques de carnaval.

Trente ans qu’ils « corrigent les publicités », sans jamais s’être fait prendre. Le BLF est une émanation du Suicide Club, « un groupe de gens qui vivent comme si chaque jour était leur dernier ». L’une de leur premières victimes est l’emblématique cowboy Marlboro, qu’ils ont agrémenté d’une bulle « yawn » (bâillement) et d’un nom de marque escamoté en Marlbore (bore pour ennuyeux), une action qui résume assez bien leur positionnement. « Les gens ont cru que nous étions un groupe anti-tabac, alors que notre cible n’étaient pas les cigarettes mais les pubs chiantes ».

« Le BLF décrypte le langage publicitaire, expose ce qui est caché, insère ce qui manque, explique Blank DeCoverly, ministre chargé de la propagande du BLF, derrière son masque de matou chafouin. Ne vous méprenez pas, nous ne sommes pas contre les billboards, au contraire, nous pensons que chacun devrait avoir le sien, c’est un médium formidable. »

LSD (BLF)

Exemple de « révélation », la campagne de pub pour Johnny Walker, célèbre marque de whisky qui affichait la silhouette dédoublée de leur randonneur afin de donner l’illusion du mouvement. Le BFL se contente d’ajouter un petit slogan en bas d’affiche « Drink yourself blind », buvez à en perdre la vision. « Le politiquement correct exerce une pression extrémiste sur le public pour qu’il boive raisonnablement. Le Billboard Liberation Front s’associe à Johnny Walker pour défendre notre droit divin de consommer assez d’alcool pour causer des dommages neuronaux irrévocables », justifiait alors le collectif. Leur message hédoniste se retrouve dans l’opération Hillsdale, centre commercial. En coupant le courant de certaines des lettres et en conservant son impeccable slogan, ils font dire à l’enseigne lumineuse « LSD : The beginning of Something wonderful ».

D’autres ont une portée plus politique comme cette légère modification apportée à une publicité pour une radio « Hit happens », transformée en « Shit happens » agrémenté d’un logo Exxon, en référence aux marées noires de la compagnie pétrolière.

AT&T (BLF)

Dernière opération en février dernier, la rectification de la pub d’AT&T, plus grand opérateur de téléphonie aux Etats-Unis qui annonçait « At&T works in more places : Like Chilondiscow ». « Une campagne un peu paresseuse, où les publicitaires n’ont rien trouvé de plus original que ce mash up de noms de villes » se moque le trio. Après une légère correction, le message devient plus évocateur « AT&T works in more places. Like NSA headquarters. » NSA n’est autre que la National Security Agency, chargée du renseignement et des écoutes téléphoniques. « Ces deux titans des télécoms ont une relation longue et intime, qui remonte à l’âge du télégraphe », explique Blank DeCoverly. « A cette sombre époque du terrorisme, ceci devrait rassurer le citoyen américain respectueux de la loi, qui n’a rien à cacher », ironise le BLF dans son communiqué.

Les opérations du BLF sont préparées avec une grande minutie, « ce qui explique qu’en trente ans, personne n’a été attrapé et personne ne s’est blessé ». L’action (une ou deux par ans) commence par un repérage très poussé. « Il faut d’abord soigneusement choisir sa cible. Garder à l’esprit que les altérations les plus efficaces sont souvent les plus simples : on peut complètement changer la signification d’une publicité en changeant l’une ou l’autre lettre, en ajoutant un logo ou une bulle ». Le BLF n’a que l’embarras du choix, les Etats-Unis possèdent près de 375 000 panneaux publicitaires, qui rapportent chaque année 7,5 milliards de dollars. Mais le collectif a un faible pour les plus gros, les Bulliton. Il s’agit ensuite de noter les dimensions du panneau, les couleurs et typographies utilisées (grâce à des sites comme identifont.com ou myfonts.com/whatthefont). Vient la phase de fabrication des panneaux de substitution et leur application in situ. C’est l’opération la plus délicate et la plus risquée qui nécessite une organisation sans faille.

« Plusieurs guetteurs équipés de talkie walkie quadrillent le lieu et nous signalent les passages de la police. Ne vous habillez pas comme un ninja, vous serez moins repérable si vous vous fondez dans la masse. Ne prenez pas la fuite en cas de danger, ça vous rendrait suspect. Le plus grand risque est de tomber de ces panneaux souvent placés très haut ou au dessus des autoroutes. Cela nécessite par conséquent une grande sobriété. Si vous opérez de jour, pensez à une technique de diversion », conseille Blank en racontant comment ils ont réussi à hacker le panneau McDo en plein jour en rameutant sur le lieu plein de gens déguisés en Ronald McDonald.

Le BLF prend soin aussi de minimiser les dégâts, leurs pancartes sont faciles à enlever et les vandales n’oublient pas l’employé qui sera chargé de tout nettoyer « on laisse toujours quelques bouteilles pour eux ». La durée de vie de leurs publicités améliorées est souvent très éphémère. « Même si ça ne reste qu’une heure, l’essentiel, c’est que quelqu’un ait pris une photo, disséminée ensuite sur le net et dans la presse », expliquent les agitateurs qui prennent toujours bien soin de revendiquer leurs actes par un communiqué de presse humoristique.

Leurs actions ont fait des émules à travers le monde entier, le BLF encourageant chacun à se réapproprier cet espace publicitaire. « Aujourd’hui la pub est partout, sur les téléphones portables, dans les pissotières, il y a même des panneaux qui se mettent à parler quand ils détectent votre passage, on est en train de les étudier... »


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