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vendredi 11 juillet 2008 08:30

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Sans transition, adieu

« Je vous embrasse tous (...) et je suis sûr qu’on se reverra bientôt », a lancé Patrick Poivre d’Arvor pour son dernier JT hier.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

« Je vous embrasse tous (...) et je suis sûr qu’on se reverra bientôt », a lancé Patrick Poivre d’Arvor pour son dernier JT hier. En se gardant bien de citer le nom de sa remplaçante, Laurence Ferrari. PPDA, la dernière, c’est à voir ici en vidéo.

Comme la poupée espagnole sur le vieux poste de mémé, il prenait la poussière. Un peu ringard, un peu moche, mais on s’était habitués. Hier soir, la poupée espagnole a remballé ses castagnettes et ses falbalas : après vingt et un ans de prêche quotidien, PPDA a présenté sur TF1 son dernier JT. Dès le 25 août, c’est une autre poupée, rutilante celle-là, Laurence Ferrari, qui sera aux manettes de la grand-messe de la Une.

Hier soir, après avoir une dernière fois porté la plume dans la plaie (la naissance de quatre girafons), Patrick Poivre d’Arvor a tiré le rideau sur une citation de Shakespeare, rien de moins : « Ce qui ne peut être évité, il faut l’embrasser. Alors, très modestement, puisque je n’ai pu éviter ce qui arrive ce soir, je vous embrasse tous. » Pendant le générique, il diffuse son propre best-of, conclu par ses pseudo-insolences envers les trois derniers présidents de la République.

En attendant septembre et la sortie d’un livre racontant son éviction de TF1, PPDA a indiqué, hier à France Inter, avoir reçu sa lettre de licenciement. Il s’était rendu il y a deux semaines à son entretien préalable au licenciement accompagné de… Jean-Pierre Pernaut. Eh oui, le présentateur du 13 heures est délégué CFTC (le syndicat majoritaire de la Une) du personnel à TF1. S’il ne trouve pas de boulot tout de suite (« De toute façon, le mercato est fini », sifflent de mauvaises langues au sein de la Une), PPDA devrait avoir de quoi se retourner. Depuis l’annonce de son départ, le montant de ses indemnités tournoie sous forme de millions dans tout Paris, au point que son avocat s’est cru obligé de faire une mise au point à l’AFP pour démentir. « Il aura 22 mois, pas plus, confie un journaliste, comme Mougeotte. » C’est un peu plus que l’indemnité conventionnelle des journalistes : un mois de salaire par année d’ancienneté. Soit, vu que le salaire de PPDA tourne autour de 100 000 euros, une petite poire pour la soif de 2,2 millions d’euros. « Il dit que l’argent ne l’intéresse pas », rigole une journaliste de TF1.

Non, c’est sa légende qui intéresse PPDA. Son partenaire presse, Paris Match, en est à sa quatorzième couverture sur le grand homme. La semaine dernière, interviewé sur la dune du Pilat par Irène Frain (transbahutée par avion privé, selon le site Backchich), Poivre s’y livrait à son sport favori : l’autotressage de lauriers. « Les audiences de mon JT n’ont jamais été aussi bonnes que cette année », « De l’avis de tous les observateurs ou statisticiens, je suis au sommet de ma popularité », « Comme les animaux que j’aime : les jaguars, les léopards, les albatros, je n’aime pas être rattrapé par les lassos de toutes sortes, les conventions, les obligations ». Ahem… Et la fausse interview de Castro ? Et la condamnation pour recel d’abus de biens sociaux dans l’affaire Botton ? Passons…

Pour ce qui est de son audience, comme celle de TF1, elle a baissé : environ 34 % de parts de marché, loin des 38 à 40 % qui étaient autrefois son ordinaire. C’est là la principale cause de son éviction par Nonce Paolini, le patron de TF1 depuis un peu plus d’un an et qui, depuis, s’emploie à déboulonner l’organisation mise en place par ses prédécesseurs, Patrick Le Lay et Etienne Mougeotte. Un à un, les anciens barons passent à la trappe, PPDA étant le plus emblématique d’entre eux, installé au 20 heures de TF1 sitôt la chaîne privatisée en 1987.

Il aimerait bien, le fier albatros, devoir son éviction à des coups de bec un peu trop prononcés sur le nez du président de la République. Lors de leur dernière anicroche - PPDA avait comparé Nicolas Sarkozy à l’Elysée à un petit garçon face à un nouveau jouet -, le présentateur s’était fendu d’un mot d’excuse le lendemain. Comme le reste du staff de la Une, PPDA a trinqué au champagne le soir de l’élection de Sarkozy, et il n’a pas hésité à présenter son JT carrément depuis l’Elysée. Drôle de manière pour un albatros indépendant. En revanche, c’est désormais un secret de Polichinelle : à plusieurs reprises et en public, Sarkozy a fait part de son envie de voir Laurence Ferrari aux manettes du 20 heures de TF1.

A 60 ans, PPDA aura passé trente ans de sa vie à présenter des JT : sur Antenne 2 entre 1976 et 1983, puis sur TF1. Avant, il y a sa vie, dont il a déjà fait des romans : bachelier et père à 15 ans, écrivain à 16, militant giscardien aux débuts des années 70. Une fois Giscard élu, le voilà d’ailleurs bombardé sur Antenne 2 chef du service de politique intérieure. La télé ne le lâchera plus, et il devient vite cette « icône électroménagère », terme qu’il a récupéré mais dont l’auteur est le réalisateur Raoul Sangla, qui disait de lui dans Libération en 2006 : « A chaque fois que je vois Poivre à la télé, j’ai l’impression que j’ai oublié d’éteindre le poste. » PPDA, comme une persistance rétinienne de l’actualité, l’assurance que là, oui, c’est le JT, mieux que le générique aux mille petites explosions que TF1 inflige à ses téléspectateurs depuis des années. PPDA, c’était l’info ruminée, déjà prédigérée, prépensée, entourée de la lave de sa diction, de son chuintement, de ses respirations. Tout est égal à tout, la guerre en Irak, le pouvoir d’achat et la course de voiliers. La semaine dernière, il fallait le voir jubilant aux manettes du flash spécial sur Ingrid Betancourt. « Nous sommes tous franco-colombiens », a-t-il clamé, saluant la libération de l’otage et la sienne, toute proche.



La derniere de PPDA, le 10/07/2008 - DR


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