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mercredi 20 février 2008 08:11

  • télévision

Sarkozy à la télécommande

Télé sans pub. La commission Copé a été constituée hier à l’Elysée.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : France Télévisions

Hier à l’Elysée, Nicolas Sarkozy nous a fait un remake de Bonne Nuit, les petits. Le marchand de sable a jeté une commission Copé et quelques promesses en forme de pluie de sable sur l’assistance et tout le monde s’est endormi. Ainsi, Michel Drucker qui vitupérait - oui, il vitupérait, le Mimi - contre la suppression de la pub sur France Télévisions décidée tout à trac par son pote de vélo, s’est adouci : « Ce qu’a dit le Président est plutôt rassurant, d’ailleurs, c’est une synthèse de mon interview samedi dans le Monde. » Nelson Monfort, une des sommités de la télé présentes hier (Pierre Tchernia, Guillaume Durand, Olivier Barrot, Pierre Sled, rayez la mention inutile), a dû apprécier la qualité des arabesques présidentielles.

Car voilà : Sarkozy a transformé son intempestive bombinette du 8 janvier en, a-t-il déclaré hier, « l’une des réformes les plus importantes que j’aurai eu à accomplir de mon quinquennat. » Rien que ça. C’est donc en grande pompe qu’il a installé la commission pour « la Nouvelle Télévision Publique ». On tire d’abord, on réfléchit ensuite. Outre son président, le très téléphile Jean-François Copé, chef de file de l’UMP à l’Assemblée, la commission sera composée de parlementaires spécialistes des questions de l’audiovisuel (les UMP Christian Kert ou Patrice Martin-Lalande, des communistes dont Jack Ralite, tandis que le PS se tâte encore) et de professionnels. Parmi eux : Jacques « Et Dieu dans tout ça ? » Chancel ; Hervé Chabalier, patron de l’agence Capa ; la productrice Simone Harari ou Nicolas Traube, qui a produit Guerre et Paix pour France 2. D’autres viennent du cinéma (Marin Karmitz), de la philo (Catherine Clément), de la pédopsy (Marcel Rufo) ou de la modernité (Martin Rogard, de Dailymotion).

Cet aréopage a été intronisé hier sous les ors et les rideaux (un rien passés, les rideaux) de l’Elysée. Une grande table, quelques chocolats, et des autocongratulations en veux-tu en voilà en attendant l’hôte des lieux. « La vie est bizarre… », s’exclame ce grand modeste de Chancel à celui qui le félicite. « Mais c’est fou, cette jalousie ! » s’écrie un autre élu à un moqueur. Un autre, dans ses petits souliers, s’embrouille : « A force, quand on dit du mal et qu’on vous demande de participer, on ne peut pas refuser. » Patrick de Carolis, président de France Télévisions, arrive. Depuis l’annonce de la suppression de la pub, ses cheveux grisonnent à vue d’œil. Derrière les colonnes de la salle des fêtes, quelques lames s’aiguisent : un fauteuil à prendre ? L’aboyeur aboie : « Monsieur le président de la République ». C’est Nicolas Sarkozy qui s’avance et lit son discours, euphorique et agité.

Vingt minutes durant, il tente de désamorcer les craintes qu’il a lui-même suscitées : « Aucune chaîne du service public de la télévision ne sera privatisée » ; « Chaque euro de recette publicitaire en moins […] sera compensé par un euro de ressource publique ». Dans les faits, rien de neuf sur le financement. D’ailleurs, selon l’intersyndicale de France Télévisions reçue juste avant le raout, Sarkozy s’est montré très évasif sur ce point. Contestant cependant le chiffre de 1,2 milliard d’euros nécessaire à la télé publique. Une annonce, tout de même : dès 2008, France Télévisions sera recapitalisée pour pallier les premières pertes. « Un geste de ma confiance », dit Sarkozy en direction de Carolis. Et, preuve de son amitié, mais envers Bouygues, il confirme que les « contraintes publicitaires pesant sur les chaînes privées seront assouplies ».

Seule nouveauté qui pourrait augurer d’une possible reculade : l’hypothèse d’une suppression progressive de la pub, plutôt qu’un arrêt net au 1er janvier 2009. A savoir, commencer par stopper la pub seulement après 20 heures, ainsi que le font les allemandes ARD et ZDF. Ce qui représente tout de même 60 % de revenus pub en moins pour France Télévisions.

Une commission qui n’engage à pas grand-chose et de nobles intentions, mais, sur le fond, c’est une drôle de télé que dessine Sarkozy. Toujours féru d’aînés glorieux, il invoque les incunables : le réalisateur Claude Santelli, Jean d’Arcy, l’un des premiers patrons de la télé publique, les Buttes-Chaumont, les « dramatiques ». Et même Thierry la Fronde : « Il faut saluer par avance, et les appeler à se manifester dès à présent, les Claude Santelli du XXIe siècle, les Albert Londres de l’ère numérique, les auteurs des Thierry la Fronde du futur ! » Simple : la télé que veut Sarkozy, c’est l’ORTF, mainmise incluse. D’indépendance, il ne sera jamais question. Au contraire, avec cette commission, il raccourcit encore un peu la laisse entre télé publique et pouvoir. « Certains peuvent s’étonner que le Président s’occupe de la réforme de la télévision de service public » , admet-il. « Mais, la télévision, c’est l’affaire de la nation, et l’affaire de la nation, c’est l’affaire du chef de l’Etat. » L’ORTF, quoi.

Sur le même sujet :
- Télé publique : un pavé dans la pub (14/02/2008)
- Zéro pub ? La grève, répond la télé publique (13/02/2008)
- Les trois « si » du futur PAF (13/02/2008)
- « TF1 ramassera 70 % de la pub télé » (13/02/2008)


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