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vendredi 9 décembre 2011 16:06

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Sarkozy en visiteur unique pour l’inauguration

par Frédérique Roussel

tags : politique , Google

Photo Sébastien Calvet

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Eric Schmidt : « Google respecte la loi, on n’est pas des voleurs »

Eric Schmidt, patron du géant de l’Internet, est venu à Paris apaiser les tensions en installant le premier centre culturel de Google, promettant investissements et emplois.

Une promesse faite à Google… par le président français. Un adoubement de chef d’Etat à une entreprise américaine qui installe une quasi-ambassade dans le cœur de Paris. Une accolade entre deux grands de ce monde, entre le global et le politique. C’était la Saint-Nicolas et «Eric» (Schmidt, président exécutif) était «fier» d’accueillir le Président dans ses nouveaux locaux. «J’avais dit que je viendrais inaugurer le centre, le jour où Google implanterait en France une structure de production et créerait des emplois», a défendu hier Nicolas Sarkozy lors de sa visite au siège de Google pour la France, l’Europe du Sud, de l’Est, le Moyen-Orient et l’Afrique. «C’est du lourd, dit-il aux salariés du géant de l’Internet, en tant que président français, je viens chez Google. […] Parce que j’aime la vitalité américaine…»

La maison Google a mis le paquet et frémit à tous les étages. Dans le cœur de Paris, rue de Londres, où traîne de l’autre côté du trottoir le souvenir de l’ancienne maison close d’Amélie Elie, la société a racheté l’ancien hôtel particulier de Vatry, siège de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans («du réseau physique au réseau virtuel», précise-t-on chez Google). Un bâtiment on ne peut plus frenchy d’une surface de 10 000 m2, avec un investissement de plus de 100 millions d’euros, une équipe de 350 salariés, 500 d’ici 2013, promis.

Dans l’esprit «béret et baguette», il a été jugé de bon goût de faire rentrer au premier étage une bonne vieille 2CV rouge, pour servir de salle de réunion. Le résultat d’un plébiscite des «googlers» qui ont voté six mois durant pour leur cadre de travail et ont renoncé à la ruche sur le toit ou à la piscine à courant inversé. Le reste de la panoplie y est : babyfoot, poufs colorés, bar sur le thème du métro, salle de réunion bleue en hommage à Yves Klein… Les postulats de l’entreprise ont été rappelés à Sarkozy lors du passage à la cafétéria : «Pas de tenue vestimentaire imposée, pas de forte hiérarchie, sept niveaux au maximum.» Si cool.

Dans la salle à la 2CV, une soixantaine de salariés, assis derrière des bureaux immaculés, sans papier ou presque, pianotent sur leur PC. Comme Zürich, qui compte 700 chercheurs, le lieu sera dévolu à la recherche et au développement (R&D). Au programme, souligne «Dan», son directeur : «l’amélioration de la recherche sur YouTube, de l’interface Chrome et le travail sur les marchés émergents».

Au rez-de-chaussée, après le nerf du moteur, s’étalent les services so smart : un simulateur qui visionne en 3D des images de Google Earth ou Street View («Liquid Galaxy»), Google + et l’incubateur. Aux côtés de la R&D, le siège parisien abrite un institut culturel de «mission mondiale», dédié à la numérisation et à la diffusion de la culture, avec de l’archivage photo, vidéo et son. Pour vanter Google Art, système de visite virtuelle dans 17 musées, il est présenté une toile de Vigée-Lebrun : Marie-Antoinette et sa famille… Pour glorifier Google Livres, qui a dans le ventre 15 millions de volumes, il est montré un carrousel tactile de livres, qui permet de télécharger un titre grâce à un code sur sa tablette, exemple à l’appui avec un ouvrage de Nostradamus de 1541, numérisé à la Bibliothèque de Lyon.

La culture ingérée, digérée et resservie avec un grand sourire. Sous le charme, et très intéressé par le parcours des googlers, Nicolas Sarkozy a évité de reparler de taxe Google, dont il était pourtant encore question au récent forum d’Avignon. Il a même avoué s’être «trompé» quand il a parlé de «régulation» de l’Internet : «J’ai pris le risque de crisper un univers qui est sur le partage et sur la liberté.» Il a même défendu la création d’un Conseil national du numérique, voire d’un «Conseil du numérique européen», puis d’un «Conseil du numérique mondial […] où l’ensemble des professionnels du Web discuteraient avec l’ensemble des gouvernements des quelques règles nécessaires». Et qui va faire la loi ?

 

Paru dans Libération du 7 décembre 2011


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