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lundi 14 janvier 2008 11:03

  • télévision

« Scalp », entreprise de haut vol

Golden boy et coke en stock-options : une plongée dans la finance des années 90.

par Bruno Icher

tag : série

DR

C’est à un projet méchamment casse-gueule que Canal + et Xavier Durringer se sont attelés avec la série Scalp. A partir du récit d’un ancien golden boy de la Bourse de Paris, le réalisateur et l’équipe de scénaristes ont ressuscité l’ambiance délétère de la haute finance au début des années 90. Fortunes vite faites, magouilles à gogo, flambes vulgaires dans les boîtes branchées parisiennes, délits d’initiés… toutes choses qui, de nos jours, trouvent comme un écho familier, même si la fameuse corbeille, le « pit » dans le langage des pros, a fermé en 1987. Toutefois, la toile de fond constituée par le palais Brongniart, son métalangage abscons (matif, trader, broker, etc.) et sa gestuelle imbitable se sont pas le contexte le plus largement référencé pour y développer un scénario de série grand public.

Or, cette histoire conventionnelle de femme trahie, obsédée par le désir de connaître la vérité et de retrouver son honneur perdu, trouve justement un souffle inédit grâce à cette plongée méticuleuse dans un monde que la télévision n’avait jamais exploité. On n’échappe pas à quelques pesanteurs narratives, surtout dans les deux premiers épisodes, mais les auteurs ont réussi le tour de force de rendre accessible au commun des mortels ce bazar hystérique qu’est une séance agitée au CAC 40, cultivant le détail jusqu’à faire apparaître l’impayable Jean-Pierre Gaillard dans son propre rôle. Et si tout ne devient pas limpide, au moins peut-on percevoir l’importance des enjeux, la nature des coups tordus et, le plus important, les ambiguïtés de chaque personnage.

L’idée est de cheminer en même temps que l’héroïne, Alex (Laure Marsac), contrainte de percer un à un tous les codes de cet univers obscur. Elle est l’épouse aimante de Pierre (Thomas Jouannet), un golden boy en pleine déconfiture. Le jeune homme, autant grisé par les montagnes de pognon que par les kilos de coke qu’il s’envoie dans les narines, est fauché et ne cesse d’emprunter de l’argent à droite et à gauche afin de le miser sur des marchés risqués.

VeSeulement nous sommes en 1990, et l’Irak est sur le point d’envahir le Koweït. Il l’ignore, et il plonge. Au propre et au figuré, puisque son corps disloqué est retrouvé sur le trottoir du palais Brongniart le soir du krach consécutif à l’invasion des troupes de Saddam. Alex, veuve éplorée à la rue, obligée d’éponger les dettes faramineuses de son mari, ne trouve rien de mieux que d’aller se refaire au cœur de la fournaise, dans le pit où son mari s’est carbonisé.

Le schéma de l’apprentissage d’un novice sur la voie de l’excellence pour assouvir ses passions est un vieux classique. En choisissant de l’appliquer dans le milieu suintant d’adrénaline et de mystères opaques de la Bourse, les auteurs ont exploité un filon romanesque séduisant et efficace.

Scalp, série créée par Bruno Petit, Xavier Durringer et Nathalie Hertzberg.
Avec Laure Marsac, Thomas Jouannet.
Episodes 1 et 2/8 sur Canal+, Lundi 14 janvier, à 20h50.


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