lundi 19 octobre 2009 17:23
Scénaristes en dépression
par Manuel Raynaud
Le casting de la série Les Invincibles © Making Prod
Pour la quatrième année consécutive, les scénaristes s’étaient donné rendez-vous, ce week-end, sur les bords du lac du Bourget, dans la petite cité thermale d’Aix-Les-Bains à l’occasion du festival Scénaristes en Séries. Mais les petits fours et le champagne qui arrosaient les intervenants n’ont pas su masquer le profond malaise qui a émergé au fur et à mesure des discussions et qui touche l’ensemble de la profession. Sur les six chaînes historiques, seule Arte, via son directeur de la fiction François Sauvagnargues, s’est rendue sur place en participant aux débats. Les équipes de TF1 et de France Télévisions avaient fait le déplacement en petit comité mais se sont contentées de faire acte de présence. Canal+ avait de son côté choisi de participer au festival de La Rochelle quelques semaines plus tôt. Et M6, depuis que les scénaristes lui ont réservé un accueil musclé trois ans plus tôt, boude l’événement. Le contexte était donc délicat pour l’association qui organise le festival. Car son budget dépend des subventions que lui accordent la mairie et la région mais surtout du portefeuille des chaînes qui veulent bien participer. Sans elles, c’est la mort assurée. Mais l’absence des chaînes n’est pas qu’une question financière ou d’image ; c’est aussi une castration naturelle pour les débats. « Dommage que les diffuseurs ne se déplacent pas », se désole Eric Kristy, scénariste et vice-président du festival. Quand les différents intervenants ne récitaient pas leur prose sans qu’aucune auto-critique, ou presque, ne soit émise, les discussions prenaient la forme d’une violente diatribe contre les chaînes, forcément sans contradiction. « L’identité des chaînes devient complètement floue », se lamente Pascale Breugnot, productrice. « C’est à chialer », lance une scénariste dans l’assistance en évoquant le catalogue des fictions de France Télévisions pour la saison 2009/2010. Dans ce méli-mélo, on retiendra pourtant de la part de Jean-François Boyer, producteur de Tétra Média, la proposition de former l’équivalent pour la télévision du Club des 13, groupe de cinéastes créé en 2008, afin de réfléchir aux problèmes (liberté, créativité, moyens de production) qui se répètent tous les ans sans trouver de solutions. Comme tous les ans, un pays étranger est invité au festival. Après les série britanniques l’année passée, la fiction israélienne a fait une entrée remarquée. Les créateurs s’étaient déplacés et n’avaient pas manqué d’adresser à la production française un message d’espoir : il est largement possible de faire bien avec pourtant peu. Mais c’était aussi l’occasion de comprendre à quel point l’opposition Palestine-Israël était traitée dans leurs fictions, à la fois dans Arab Labor, où un journaliste palestinien travaille dans un quotidien israélien, et dans Good Intentions, qui fait se rencontrer deux chefs cuistots dont les origines divergentes ne sont pas une barrière lorsqu’il s’agit d’exercer leur passion. De quoi donner une jolie leçon au PAF dont les questions religieuses et identitaires, sauf pour de rares exceptions comme Fortunes (Arte) ou Aïcha (France 2), sont rarement abordées. Pour certaines maisons de production, le festival s’est trouvé être leur véritable vitrine. C’est le cas de Making Prod, montée par un jeune duo, Stéphane Drouet et Matthieu Viala, qui a réussi du bout de sa trentaine de printemps à convaincre Arte. La chaîne lui a commandé deux saisons de la série Les Invincibles. Le premier épisode, projeté lors du festival, fut d’ailleurs l’un des meilleurs moments du week-end. Dans cette comédie, quatre trentenaires font le pari de quitter leur compagne le même jour à 21h afin de profiter des derniers instants de leur jeunesse. Québécois à l’origine, le concept a dû être européanisé par les scénaristes en retravaillant la plupart des histoires et des personnages. D’autant que l’action se déroule intégralement à Strasbourg, lieu inhabituel pour une fiction, qui marque l’envie des producteurs de tourner en province et de coller à l’image franco-allemande de la chaîne. Mais c’était aussi une leçon de production que ces jeunes ont donné aux plus âgés de la profession. En moyenne, il faut dix jours pour tourner un épisode de 52 minutes pour une série de France Télévisions ou de Canal+. Pour Les Invincibles, ils ont ramené le ratio à 7,5 jours. Frédéric Krivine, créateur d’Un Village Français, s’en étonne sur Twitter : « Ça n’a pas nui a la qualité, ce qui pose questions. » Il faudra en revanche que le public patiente jusqu’à mars ou avril 2010 pour voir le résultat.Les absents ont toujours tort
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