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mercredi 10 juin 2009 13:01

  • télévision

Scènes de ménage au service Sports de France Télévisions

Les collaborations extérieures créent des remous dans la rédaction.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : sports , France Télévisions

Mickey et Nelson - Photo France 2

Une perruque. Ou un ménage. Bref, une collaboration extérieure ou comment, pour un journaliste mettre du beurre dans les épinards en travaillant à côté. C’est le sujet qui pourrit en ce moment la vie de la rédaction du service des Sports de France Télévisions. Au point qu’hier, Daniel Bilalian, patron des Sports, a dû se livrer à un remontage de bretelles en convoquant ses équipes pour un rappel au règlement.

Le déclencheur ? Ce bon vieux Nelson. Oui, Nelson Monfort. Le 31 mai, dans l’émission Tennis Club, sur France 4, le polyglotte journaliste reçoit un invité de taille : Mickey. Oui, la grosse souris d’Eurodisney. Jusque-là, à part lever les yeux au ciel, pas de quoi fouetter un chat, pardon un rat. Sauf que, le 20 mai, à Disneyland Paris, Mickey recevait un invité de taille : Nelson Monfort. Venu là animer une « Tennis Party » à laquelle participaient Gaël Monfils et l’association Fête le mur. Je t’invite à Disneyland et en échange tu m’invites sur France Télévisions, trop c’est trop pour la Société des journalistes (SDJ) des Sports : « Mickey, ça a été la goutte d’eau », indique son vice-président Antoine Chuzeville. Peu importe que, selon Nelson Monfort et Disneyland, joints par Libération, l’animation de la « Tennis Party » n’ait pas donné lieu à une rémunération, le débat est lancé.

Ou plutôt relancé. « Ça fait des années, des millénaires, qu’on se bat pour l’arrêt des collaborations extérieures à France Télévisions », peste Serge Cimino, du SNJ. Dans les couloirs de la télé publique, on se souvient encore, émus, d’une université d’été du Medef en 2007 ou du lancement de Windows Vista, animés par une spécialiste du ménage, Christine Ockrent, alors à France 3.

Vendredi, un tract du SNJ s’en prend vertement au service des Sports et appelle à « faire le ménage » : « Aucune rédaction de France Télévisions n’échappe aux ménages mais celle des Sports est une championne dans ce domaine. En tête de peloton, certaines des figures les plus connues du service, présentateurs ou commentateurs. » Forcément, c’est aux têtes de gondole que font appel marques ou événements sportifs. « Beaucoup de journalistes ne font pas de ménages, par principe, explique Antoine Chuzeville, de la SDJ, mais un petit nombre en fait vraiment beaucoup et ça nuit à l’image du service. » Il y a un journaliste qui anime une vente de meubles. Son nom est sur l’affiche, au-dessus de la mention France Télévisions. Il y a, explique Chuzeville, des « Trophées sportifs de la Mayenne, ou de Haute-Garonne » qui font appel aux journalistes. Ou c’est un commentateur qui se retrouve speaker d’un événement sportif. Il y a, cité par le SNJ, ce rédacteur en chef qui ne peut couvrir une compétition. Et dit à ses collègues : « Débrouillez-vous pour les reportages, moi, ce jour-là, j’assure l’animation pour l’organisateur. »

Résultat, des trous béants dans les tableaux de service. « Certains bureaux de rédacteurs en chef ou de présentateurs sont vides, raconte Chuzeville, mais tout le monde sait où ils sont. Dans le contexte du plan de départs annoncé par la direction, un réd-chef qui gagne beaucoup d’argent pourrait éviter ce genre de choses. » Ambiance. « C’est en train de ronger notre rédaction qui est très divisée sur le sujet, poursuit-il, entre ceux qui souhaitent des collaborations et ceux qui les pointent du doigt. »

Le problème des ménages est vieux comme le tube cathodique, mais il reste tabou, à France Télévisions comme ailleurs. « Et pourtant, note Carole Petit, du SNJ, dès que Patrick de Carolis est arrivé à la présidence de France Télévisions en 2005, nous l’avons alerté sur le problème des ménages, et lui avons demandé que l’accord sur la déontologie de France 2 soit étendu à toutes les sociétés du groupe. » En effet, depuis 2000, la Deux s’est dotée d’un code de déontologie très précis que la Trois n’a pas. Du coup, sur France 3, comme aux Sports, on s’en remet à la convention collective et à une note interne de France 3 datant des années 90, rédigée après un ménage fameux dans les décors du 19/20 pour le compte des laboratoires Pfizer. L’entreprise unique et la refonte des conventions collectives en une seule, valable pour tous les journalistes de France Télévisions, pourraient permettre une remise à plat déontologique.

Daniel Bilalian, lui, tient à disposition, un règlement « ronéotypé » avec ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. D’accord pour les livres, mais sur le temps libre et autorisation de la direction pour tout le reste. « Je dis "Oui", je dis "Non", analyse-t-il, quand c’est une conférence sur le dopage, je trouve que c’est reconnaître la valeur de mes collaborateurs. Mais s’il s’agissait en fait de faire la tête de gondole chez ED ou Franprix, là, je sanctionnerai sans barguigner. » Tremblez, adeptes de la perruque, Kill Bill est de sortie.

Paru dans Libération du 9 juin 2009


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