Scopes en stock
par Marie Lechner
Le psychophonotronic picture disc de Reuben Sutherland
Dans un article du New York Times de 1898, un journaliste s’amuse à énumérer l’incroyable bestiaire précinématographique, s’étonnant de l’énergie déployée par les inventeurs pour trouver un nom original à des machines faisant peu ou prou la même chose, soit donner l’illusion du mouvement à partir d’images fixes : phénakistiscope, hypnoscope, animaloscope, wonderscope, xographe ou zootrope… De façon non moins étrange, ce dernier connaît un renouveau, couplé aux technologies contemporaines. Inventé en 1834, le zootrope est un jouet optique tombé dans l’oubli lorsque l’image en mouvement a migré sur l’écran. A l’intérieur d’un cylindre perforé qu’on faisait tourner comme une toupie, les images peintes sur du papier s’animaient, jouant de la persistance rétinienne. « Ce genre d’animation avait un langage visuel unique, fait de boucles, de spirales et de tactilité », note l’artiste Eric Dyer qui l’a adapté à l’ère numérique. Ceux qui s’ingénient à faire revivre cet ancêtre du cinéma déploient la même imagination quand il s’agit de baptiser leur création : cinétrope, phonotrope, strobovj, drehkino, psychophonotronic picture disc… La plupart ont remplacé l’antique tambour par un tourne-disques et une caméra, assortis d’un stroboscope. Autre astuce, coupler la vitesse de rotation de la platine et la vitesse d’obturation de la caméra. C’est la technique utilisée par Reuben Sutherland du groupe londonien Sculpture. Il recouvre des disques de dessins qui s’animent lorsqu’ils sont filmés par une caméra (psychophonotronic picture disc), boucles infinies à la Escher, étourdissants kaléidoscopes qui pulsent sur les collages de bandes magnétiques de Dan Hayhurst, dans un mélange euphorique de digital et d’analogique. L’artiste « bricodeur » néerlandais Gijs Gieskes a mis au point une machine de VJing, qui combine son et images, tel un DJ de l’image. Il convertit des gif animés en séquences d’images disposées en cercle, synchronisées avec une Gameboy équipée du logiciel musical LSDJ. Jim Le Fevre, de son côté, décline le procédé en 3D, avec son impressionnant Holy Flying Circus Phonotrope, utilisé pour le générique d’un docu-fiction sur les Monty Python. Il combine animation numérique, impression sur carton et découpe laser, assemblé sur un imposant carrousel de 2 mètres de large sur 1,20 m de haut. Tobias Krawutschke creuse l’idée du zootrope 3D (3 Drehkino) avec 29 figurines en volume qui marchent dans une boucle infinie. Eric Dyer créé, lui, de complexes sculptures cinétiques en 3D qui jonglent avec notre perception, ne livrant leur secret que lorsqu’elles sont captées par la caméra. De la pure poésie en mouvement. Il travaille à un « cinétrope » géant, où le visiteur équipé de lunettes stéréoscopiques se déplacera dans un tunnel en rotation. Paru dans Libération du 21 janvier 2012
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