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mercredi 1er décembre 2010 18:21

  • cinéma

« Scott pilgrim », fans au bord de la crise de nerd

par Alexandre Hervaud

tags : comédie , comics

photo Universal Studios

Scott Pilgrim d’Edgar Wright avec Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead… 1 h 52.

Débutée en 2004, la série de comics Scott Pilgrim s’est achevée cet été avec la sortie du sixième volume. Conçue par Bryan Lee O’Malley, un Canadien trentenaire, la BD raconte les mésaventures d’un glandeur de 23 ans, Scott Pilgrim, bassiste dans un groupe de rock et à la recherche de Ramona Flowers, la fille de ses rêves. L’appellation est ici littérale, puisque Scott rencontre la mignonne Ramona pendant son sommeil : logique, puisqu’une « autoroute subspatiale hyper pratique » traverse sa tête. Originalité : pour pouvoir sortir avec elle, il devra vaincre ses sept anciens petits copains maléfiques, affrontés lors de duels épiques entre Matrix et Dragon Ball.

Avec une inspiration aussi décalée, l’adaptation filmique partait avec un avantage certain (un scénario original, mélange de comédie romantico-geek et de film d’action), et un handicap : difficile de retranscrire fidèlement les délires d’O’Malley sans tomber dans le ridicule ou la rupture de ton déstabilisante. L’Anglais Edgar Wright, avec déjà derrière lui deux films archiréférentiels (Shaun of the Dead et Hot Fuzz), choisit de coller au plus près des comics, auxquels il emprunte la plupart des dialogues et ses hommages nombreux à la culture gamer. Le film est d’ailleurs construit comme un jeu vidéo, avec étapes successives, adversaire final et vie supplémentaire si besoin est.

 

Pour synthétiser les six volumes en moins de deux heures, Wright écrème certaines intrigues secondaires et applique à son film un rythme effréné, sans être épileptique : les dialogues, bien que débités sans traîner, ne virent pas non plus au mitraillage façon The Social Network et les scènes de combat, superbement chorégraphiées, restent lisibles. Tourné à Toronto, Scott Pilgrim repose en grande partie sur les (frêles) épaules de Michael Cera, lui-même canadien. Révélé (et surexploité) par des teen-movies comme SuperGrave, Cera a gagné à troquer son habituel attirail de lycéen gauche pour celui d’un rockeur-chômeur sensible.

Les seconds rôles s’en sortent bien aussi (mentions spéciales à Brandon Routh, le Superman de Bryan Singer, et à Jason Schwartzman, habitué de Wes Anderson), mais le vrai « personnage » auquel le film doit beaucoup, c’est sa bande-son. Au-delà de la compilation de standards qui parcourent Scott Pilgrim (Frank Black, Rolling Stones…), la B.O. produite par Nigel Godrich (lien spotify), collaborateur de Radiohead, invite Broken Social Scene et Beck à composer les chansons des groupes fictifs du film. Le résultat vaut le coup d’oreille, tout comme l’origine même de toute cette sympathique entreprise : Scott Pilgrim voit en réalité le jour en 1997, quand les rockeuses de Plumtree nomment ainsi une chanson pop de trois minutes, efficace et rentre-dedans, à l’image du film :

 

Difficile de faire l’impasse sur la colère légitime des fans français du comics et d’Edgar Wright, privés par Universal d’une sortie adéquate. Distribué aux Etats-Unis à la mi-août, Scott Pilgrim devait initialement sortir en octobre (un retard déjà mal vécu à l’époque) avant d’être sans raison repoussé. La France est ainsi parmi les derniers pays à voir le film (avant la Suisse et la Hongrie), et la plupart des aficionados n’ont pas attendu : Scott Pilgrim est déjà disponible en DVD et Blu-Ray import depuis des semaines, sans parler du téléchargement illégal. Quand on fait un film de geek, mieux vaut prendre en compte les us et coutumes de sa cible.

Paru dans Libération du 01/12/2010


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