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jeudi 5 mars 2009 11:52

  • cinéma

Sean Penn fait le gay

Porté par l’oscar 2009 du meilleur acteur, le biopic de Gus Van Sant investit la fulgurante carrière politique de Harvey Milk, politicien homo assassiné en 1978.

par Gérard Lefort

tags : gays&lesbiennes , cinéma d’auteur

DR

Harvey Milk
de Gus Van Sant
avec Sean Penn, James Franco… 2 h 07.

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"Un récit typiquement américain, mais avec un gay"

Gus Van Sant et Dustin Lance Black, réalisateur et scénariste, évoquent Harvey Milk.

Gus Van Sant est un cinéaste inspiré. Ses dix films en témoignent, qu’ils soient dans le système hollywoodien ou à sa marge  : tous sous influence. Cas d’école extrême, son remake du Psycho d’Hitchcock (1998), sans doute sa tentative la plus artiste de reconstruire pierre à pierre un monument du cinéma. Film moderne et warholien qui guette la différence dans la répétition, le simulacre sous la copie, entre autres parce qu’il investit le personnage clef de ­Norman ­Bates d’une autre charge sexuelle (le massif Vince Vaughn au lieu du maigrelet Antony Perkins). Aux antipodes de cette visitation iconoclaste du classicisme, Elephant (2003) empruntait son style déambulatoire à un autre Elephant, celui, expérimental, d’Alan Clarke, tourné en 1989.

Harvey Milk relève, lui aussi, de cette connaissance encyclopédique des codes cinémato­graphiques qui autorise leur perversion, voire leur dévastation. Sur le papier, une bio­graphie épique et réglo relatant les huit dernières années de la vie de Harvey Milk qui, dans les années 70, fut le premier homme politique ouvertement pédé à être élu à des fonctions officielles (à la mairie de San Francisco) avant d’être assassiné.

A l’image, rien que de familier  : noria entre flash-back et récit au jour le jour, salade mixte entre documents d’archives et fiction, musique dramatisante quand la situation est drama­tique, mouvements ascendants de caméra quand la fièvre monte, d’approche lorsque l’intimité domine. On dirait un film d’Oliver Stone. Sauf que non. Par la grâce de nombreuses subtilités qui secouent le ­baobab.

L’interprétation de Sean Penn en est une. Passé l’agréable surprise de le constater plausible en « mili-tante », le bénéfice de sa présence ne tient pas à sa performance dans un contre-emploi, mais à son plein emploi dans la demi-teinte  : bête de sexe et animal politique, de gauche et américain.

Autre singularité  : quoique historiquement ancré, Harvey Milk est un film d’actualité. Notamment lorsqu’il met en continuité les délires homophobes d’Anita Bryant (figure de l’extrême droite américaine des années 70) et ceux de Sarah Palin lors de la récente campagne pour les présidentielles. Harvey Milk est moins un film militant, un film « de famille », qu’un film politisé. D’une part, parce qu’il montre et démonte les coulisses du show politique (un split screen de coups de fils comme démonstration de la pratique du lobbying). D’autre part, parce qu’il ne parle pas tant à une communauté qu’au reste du monde. Jusqu’à prendre le risque, incorrect, de décevoir le Marais  : fusiller en plein ciel de gloire une citation du You Make Me Feel de Sylvester alors que, spectateur, on commençait déjà à frétiller du cul, c’est non seulement courageux (et drôle) mais intelligent. Le sujet n’est pas tant, d’hier à aujourd’hui, la lutte des gays légitimement en pétard, mais la lutte tout court. Ce pour quoi il faut se battre et continuer de résister.

Paru dans Libération du 4 mars 2009


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