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jeudi 2 août 2007 12:20

  • cinéma

Seberg, la mort aux trousses

par Philippe Azoury

tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , culte

Jean Seberg dans « A bout de souffle » - DR

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La respiration « A bout de souffle »

Si le premier grand film de Godard est devenu l’emblème de la Nouvelle Vague, sa scène finale, « dégueulasse », en est à la fois le point d’orgue et le symbole.

Jean Seberg. Le petit sac blanc et les journaux portés au bras, et bien sûr le tee-shirt marin posé sur un pantalon cigarette, sans parler de la démarche aérienne, celle d’une fille désinvolte qui a toute son après-midi pour elle, qui ne vendrait le Herald Tribune que pour se donner un prétexte à déambuler sur les Champs  : voilà les signes extérieurs d’une révolution. Celle d’une Américaine qui allait sur ses 19 ans et qui, pour avoir débuté en jouant Jeanne d’Arc, allait adopter pour longtemps une coupe de cheveux androgyne. Est-ce une fille ou un petit garçon  ?

C’est une Américaine, c’est-à-dire en 1960 la promesse d’une société avancée. Elle se comporte comme un garçon (elle couche avec qui lui plaît), elle se comporte comme une fille (elle trahit toujours la première). Peu d’actrices ont été aussi hantées que cette Américaine-là. Par la mort et par la révolution.

Otto Preminger avait intronisé Jean Seberg pasionaria (on ne joue pas Jeanne d’Arc sans y laisser des plumes). Robert Rossen l’avait rêvée en Lilith. Elle avait épousé en seconde noce l’écrivain français Romain Gary, de plusieurs années son aîné (premier scandale), s’engagera auprès tout d’abord des Amérindiens et surtout avec les Black Panthers. Hollywood la craint alors qu’Hollywood n’a plus rien à craindre  : elle évolue dans des sphères militantes qui l’emporteront loin du cinéma commercial. Le FBI commence à la harceler, sur ordre de son chef suprême J. Edgard Hoover, pour qui cette icône mystique du gauchisme trouble dangereusement l’ordre public américain.

Au tout début de 1970, nerveusement épuisée par une campagne de calomnie insensée orchestrée contre elle et laissant entendre que l’enfant qu’elle porte ne serait pas de Gary mais d’un des leaders des Black Panthers, elle perd sa petite fille à la naissance. Exilée en France au milieu des années 70, elle croise la route du cinéaste underground Philippe Garrel.

Pendant quelques jours de l’hiver 1974, il se rendra dans son appartement de la rue du Bac en apportant une caméra à manivelle pour tourner avec elle un long film muet, une Passion de Jeanne d’Arc des temps psychédéliques  : les Hautes solitudes. Des longs plans énigmatiques sur un visage, son visage à elle. Jean Seberg y improvise entre autres une tentative de suicide aux somnifères si réaliste que toutes les personnes présentes dans l’appartement accourront à son secours.

Fin août 1979, Jean Seberg est signalée disparue. On retrouvera sa Renault blanche dix jours plus tard, le 8 septembre, rue général Appert. A l’intérieur, le corps de l’actrice roulé dans une couverture bleue, suicidée aux barbituriques. L’histoire d’une jeune femme qui pensait trop à la mort.

A lire également :
- La respiration « A bout de souffle » (02/08/2007)


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