Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

mardi 1er avril 2008 10:16

  • jeux

Sega, c’est plus résistant que toi

Après l’arrêt de sa Dreamcast en 2001, le studio se rattrape dans l’édition ou le développement de titres réussis.

par Olivier Séguret

tags : économie , Sega

Viking : Battle for Asgard de Sega, pour Xbox 360 et Playstation 3. DR

Faites le test et constatez : dès que l’on prononce le mot Sega, il y a toujours quelqu’un dans l’assistance pour rétorquer  : « C’est plus fort que toi. » On ne sait s’il existe des académies publicitaires où sont étudiées la pérennité et l’efficacité des slogans, mais celui-ci mériterait largement ses quatre étoiles dans le « hall of fame » des formules virales indélogeables de la psyché collective.

Le slogan n’a pourtant plus cours officiellement. Il date d’une autre époque, les années 80, où Sega était l’alter ego de Nintendo  : à la fois un grand constructeur de consoles (la Saturn était un best-seller) et un grand producteur de jeux vidéo. C’est avec la génération de consoles suivante, et l’arrivée sur le marché du bulldozer Sony, que les ennuis ont commencé pour Sega. La Dreamcast, pourtant technologiquement supérieure, n’a jamais réussi à reconquérir le terrain perdu face à la PlayStation première du nom, ni à préempter le grand public qui allait faire le triomphe de la PS2. Du coup, certains jeux exceptionnels développés par Sega pour sa propre console, comme le RPG très novateur (et très coûteux) Shenmue, n’ont jamais rencontré le public auquel ils pouvaient légitimement aspirer. Les bénéfices plongent, le cours s’effondre et la décision s’impose  : au désespoir de ses nombreux fans (le monde du jeu vidéo est très affectif quand il s’agit des marques et des icônes), Sega jette le gant et stoppe, en mars 2001, la production de la Dreamcast. Fin de l’histoire  ? Pas du tout  !

Le deuil a été long mais il est fait, et bien fait. Aujourd’hui, le métier de Sega est uniquement le jeu vidéo, qu’il s’agisse d’en développer, d’en produire ou d’en éditer et, après quelques années de tâtonnements, on constate une énergie, une efflorescence baroque et inespérée du catalogue maison. En ce printemps 2008, c’est en effet toute une giboulée de titres produits ou édités par Sega qui s’abat sur les consoles des concurrents d’hier. Le spectre balayé par ces jeux est large, depuis le familial et enfantin Sonic et Mario aux Jeux olympiques, gros carton actuel (5 millions de ventes, tout de même), jusqu’au sanguinaire Viking qui débarque aujourd’hui. Du très incorrect Condemned 2 (sans doute le jeu le plus violent de la saison, mais l’un des plus intéressants aussi) jusqu’au fun inoffensif de Sega SuperStars Tennis. Du redoutablement classique, austère et addictif Sega Rally de l’automne dernier jusqu’au terrible et radical The Club de ce mois. Bref, de l’enfantin à l’adulte (trois titres interdits au moins de 18 ans ce mois-ci), du simulateur hyperréaliste au titre arcade déréalisant, sans oublier la vie prolongée des emblèmes virtuels maison telle la méconnue créature Nights (dont vient de sortir l’épisode Journey of Dreams) ou l’hypercélèbre hérisson bleu punky et frénétique Sonic (par ailleurs l’une des très rares icônes, avec Mario, à ne pas trop mal vieillir).

On notera, dans ce feu nourri, la sous-représentation du registre casual qui fait pourtant les actuels choux gras de l’industrie. Mais il ne faut pas imaginer que Sega néglige pour autant le créneau  : on déniche par exemple deux opportuns titres DS au catalogue de la fin 2008  : Brain Assist et Ume Neko (élevage de chatons virtuels, équivalent félin des Nintendogs).

Au fond, Sega est aujourd’hui l’un des rares grands studios à posséder une vraie politique éditoriale dans le secteur. Mais c’est quoi, une « politique éditoriale » en matière de jeu vidéo  ? En l’espèce, c’est assumer effrontément l’inclination malpolie du joueur. Loin des prudentes prévenances généralement constatées, Sega refonde son image de marque sur une solidarité tacite avec les « hardcore gamers ». Une campagne de marketing viral baptisée « Gaming is not a crime » surfe justement sur cette vague anti-casual gaming qui agite les cercles puristes du jeu mal élevé, la marque cherchant à s’imposer subliminalement comme l’alternative, le dernier refuge pour les fidèles d’un certain game spirit menacé par la normalisation casual.

Au terme de cet impressionnant rétablissement, on se demande si Sega n’a pas finalement plus gagné que perdu en abandonnant la fabrication de consoles  : les coudées sont plus franches pour un studio lorsque les lourdes responsabilités d’un constructeur ne pèsent pas sur ses épaules.


Il y a 3 réactions à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

économie - [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen

Sega - Sega, les hackers sont plus forts que toi

article précédent
Les films refaits, l’effet Gondry
article suivant
Mozilla : dix ans de navigation


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Olivier Séguret
  • réactions (3)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Législatives : les boulettes du vote par Internet
  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine

Lib.fr

  • Concerts de casseroles au Québec contre la «loi matraque»
  • François Hollande en visite surprise en Afghanistan
  • Un homme arrêté pour le meurtre d'un enfant disparu en 1979
  • Des sénateurs américains veulent frapper le Pakistan au porte-monnaie
  • La projection du film de Dieudonné annulée à Cannes

Jeux

PLUS D'INFOS SUR:
  • Sega Rally
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008