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mardi 24 mars 2009 17:21

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Séries  : les flics passent l’âme à tabac

Jouant sur la complexité humaine, les séries « The Mentalist » et « Lie to Me » débarquent prochainement des Etats-Unis sur TF1 et M6.

par Bruno Icher

tag : série

The Mentalist - Photo Warner Bros

C’est avec un certain soulagement que les amateurs de séries américaines assistent au déclin amorcé par les Experts. Le rouleau compresseur de la fiction télé américaine, et accessoirement celui de TF1, commence à perdre de sa superbe. Même si les scores obtenus par ses trois déclinaisons (Las Vegas, Manhattan et Miami) restent enviables pour le commun des mortels. Mardi dernier, les trois épisodes diffusés sur TF1 n’ont rassemblé « que » 5,8 millions de personnes. Bientôt, deux séries viendront prendre le relais sur TF1 et sur M6.

Pas trop tôt. Et comme par hasard, les deux petites nouvelles s’inscrivent dans un registre narratif calqué sur celui, immuable, des ­Experts  ; tout en choisissant le parti pris inverse de ses valeurs cardinales. Autrement dit, alors que les Experts se complaisent dans la fable d’un système où les preuves scientifiques irréfutables pouvaient enfin reléguer le fatras humain habituel (mensonges, aveux, psychologie et tout le bazar) au rayon des oubliettes, les deux nouvelles séries s’intéressent à l’individu et à sa complexité.

Les deux fictions en question sont The Mentalist, succès de l’année sur CBS et probable futur carton sur TF1, et Lie To Me, qui obtient des audiences plus modestes, mais convenables, sur la Fox avant de débouler sur M6. Dans la première, signée Bruno Heller, l’auteur de la série Rome, le personnage central est Patrick Jane (Simon Baker), un psychologue blondinet, taciturne et ultradoué, capable, plus vite que n’importe qui, de déceler dans le comportement de ses contemporains la part secrète qui détermine leur innocence ou leur culpabilité. Dans les premiers épisodes, il fait étalage de ses qualités hors pair, ridiculisant au passage les bourrins du FBI qui, eux, ne jurent que par les caméras de surveillance et l’ADN. A titre d’exemple, une scène assez rigolote résume assez bien le personnage. A un shérif pur bouseux qui doute grossièrement de ses dons, notre héros propose de jouer au jeu pierre-ciseaux-papier. Et lui colle une dérouillée, évidemment  ; avec un sourire qui laisse penser que ça pourrait durer comme ça toute la nuit sans qu’il ne perde une seule manche.

Lie To Me, inventée par Samuel Baum, est construite sur le même principe  : avec un héros, le docteur Cal Lightman (incarné par l’impérial Tim Roth), obsédé par le mensonge. Il a même conçu un programme sophistiqué pour le ­département de la Sûreté intérieure destiné à améliorer l’efficacité des agents chargés des interrogatoires. La série le cueille alors qu’il met ses compétences tantôt au service des autorités, tantôt à celui d’hommes politiques, d’avocats ou de simples particuliers. La spécificité de cet universitaire ombrageux d’origine britan­nique, ce que confirme son accent, c’est qu’il perçoit, sans l’ombre d’un doute, qui ment et qui dit la vérité. Un haussement d’épaules, un rictus, un clignement de paupière, et le corps peut contredire les paroles.

En écho à cette démonstration, la série fait dans le rappel historique, affichant à l’écran le visage de quelques célèbres menteurs pris en flagrant délit de bobard, de Bill Clinton à O.J. Simpson en passant par Dick Cheney ou Mike Tyson. Pour que les choses soient bien claires, une scène du premier épisode montre le héros humiliant en public un scientifique, cuistre au possible, qui vient de mettre au point un détecteur de mensonges prétendument infaillible.

Individualités hors normes, les vedettes des deux séries ont pourtant, eux aussi, leurs failles. Celui du Mentalist est hanté par sa responsabilité dans la mort violente de sa famille  ; celui de Lie To Me est un solitaire dont les facultés provoquent l’embarras autour de lui. Une vulnérabilité qui fait aussi de bons héros.

Paru dans Libération du 24 mars 2009


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