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mercredi 4 juin 2008 10:06

  • télévision

Services privés, coup de vis public

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : politique , publicité

Dessin Rocco

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C’est une supplique au gouvernement signée de trois quasi SDF : Nonce Paolini, directeur général de TF1 ; Bertrand Méheut, président de Canal + et Nicolas de Tavernost, patron de M6. Dans cette missive, ces trois gagne-petit se disent « stupéfaits » de découvrir que leurs recettes pourraient être taxées afin de financer la télévision publique. « Une nouvelle taxe [qui] viendrait appauvrir notre économie », écrivent les plaideurs, d’autant qu’« aucune des mesures réclamées et attendues par le secteur depuis des mois (déplafonnement de la publicité, application de l’heure d’horloge, seconde coupure publicitaire dans les œuvres, réforme des décrets Tasca) n’est encore décidée... » La lettre est datée du 28 mai, et deux jours après cette lettre, abracadabra, leurs vœux sont exaucés, au-delà même de leurs espérances. Alors que le gouvernement a toutes les peines du monde à trouver un financement viable pour France Télévisions, ce même gouvernement régale grassement les télés privées, à commencer par la première d’entre elles, TF1, propriété, comme chacun sait, de Martin Bouygues, ami intime du président de la République. Déballage des cadeaux.

Une deuxième coupure pub…

Pipi ET vaisselle. Pour le téléspectateur, voilà l’avantage que devrait présenter l’apparition d’un second écran de réclames dans les films et les fictions diffusés. Pour les chaînes privées, c’est fromage ET dessert : alors que TF1 vient très opportunément d’annoncer une baisse de 17 millions d’euros de ses recettes publicitaires pour le premier trimestre 2008, c’est un pactole qui s’annonce. Selon Aegis Medias, entre 300 et 550 millions d’euros. Du coup, la taxe qui « stupéfiait » tant les chaînes privées (en tout 80 millions d’euros destinés au service public) devrait passer un peu mieux. C’est environ 200 millions d’euros qui pourraient entrer dans les poches de TF1 avec cette nouvelle mesure, et 65 millions d’euros pour M6. Argument de Christine Albanel, ministre de la Culture et de la communication hier dans les Echos : « La deuxième coupure permettra d’éviter que les films disparaissent des antennes. » Oui, oui. Au passage, c’est la presse écrite qui pourrait aussi pâtir de cette nouvelle coupure publicitaire : ainsi le Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN) redoute un « déséquilibre » au profit de la télé et au détriment des journaux, tandis que le Syndicat de la presse magazine (SPMI) a dit sa « consternation » face à ce « cadeau ».

…et encore plus de pub…

La deuxième coupure pub, c’est un cadeau bonus. Le reste était prévu de longue date : il s’agit de la transposition –non obligatoire pour les Etats-membres de l’Union– d’une directive européenne. Ainsi les chaînes privées auront-elles désormais droit à neuf minutes de réclames par heure en moyenne, au lieu de six. Déjà, c’est gentil. De plus, il va être mis fin au système de « l’heure glissante », remplacé par celui de « l’heure d’horloge ». En clair, TF1 et M6 vont pouvoir bourrer de pubs les carrefours stratégiques de leurs grilles, alors qu’elles étaient limitées jusqu’à présent. Un simple décret suffit à la mise en place de cette augmentation de la pub et, selon Albanel, il est prêt et pourrait être publié « dès l’été ».

L’allégement des seuils anticoncentration

Ça, c’est un vieux cheval de bataille de la droite : sitôt au pouvoir, elle veut faire tomber les seuils anti-concentration dans les médias. « Nous réfléchissons, explique Christine Albanel aux Echos, à repenser la règle interdisant à un même groupe de détenir à la fois un journal national, une télévision et une radio. » Un seuil imaginé pour préserver le pluralisme de l’information et un seuil on ne peut plus important quand on sait les multiples amitiés de Nicolas Sarkozy avec les patrons des médias : Martin Bouygues donc, mais aussi Arnaud Lagardère ou encore Bernard Arnault, patron des Echos. C’est notamment sur ce seuil anti-concentration que le rapprochement entre TF1 et le Figaro avait buté à l’été 2004. Le seuil capitalistique se double d’un seuil d’audience : TF1, qui contrôle plus de 50 % de TMC, la première chaîne de la TNT, serait obligée de réduire sa participation si la chaîne atteint les 2,5 % d’audience. Or, laminées par le succès des télés gratuites de la TNT, les chaînes historiques souhaiteraient pouvoir en racheter quelques-unes, histoire de récupérer d’une main la publicité et l’audience qu’elles perdent de l’autre.

Suffisait de demander, et hop, Sarkozy va le faire, qui depuis des mois milite pour « l’émergence de grands groupes de communication audiovisuelle français de premier plan ». Car, déclarait le Président en installant en février la commission Copé, « s’il faut mieux financer le service public, il faut aussi permettre au secteur privé d’être plus dynamique en desserrant le corset de contraintes héritées d’un autre temps ». Merci Président.


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