samedi 15 novembre 2008 08:48
Servitude consentie
Chaque samedi, la techno-chronique de Pierre Marcelle.
par Pierre Marcelle
tag : e-mail
Pleurons, pleurons, sur les mœurs qui changent avec les temps, les pesticides qui empoisonnent les fruits, les fleurs, les feuilles et les branches, le y’a plus de saisons et la politesse, je vous dis pas... Pour cette dernière, sûr qu’il n’est pas qu’entre les murs qu’elle se délite, mais se délite-t-elle ? Dans le vaste cloaque des soliloques de sourds qu’organise Internet, elle se réinvente avec férocité, et tout particulièrement dans cette façon dont le courriel, même quand il n’est pas spam, s’est fait incursif. Intensément incursif. Jusqu’à, en sa façon de taper l’incruste, vous demander d’agréer son parasitage. Exemplaire, à ce titre, cet avertissement préalable à l’affichage de certains mails : « L’auteur de ce message a souhaité être prévenu lorsque vous lirez ce message. Souhaitez-vous avertir l’expéditeur ? » Considérant que ledit expéditeur n’est pas toujours aisé à identifier, le destinataire qu’il dérange (toujours, mais c’est le jeu, ma pauvre Lucette...) peine à réprimer un mouvement d’humeur bien naturel, genre : « T’es qui, toi, qui, non content de forcer ma boîte sans te présenter, me sommes de surcroît de te délivrer un accusé de réception ? » Mais aussi bien perçoit-il que cette réaction est malvenue : aussi irritant qu’il puisse paraître, cet « avertissement » n’a-t-il pas au moins le mérite d’exister ? N’est-il pas, eu égard aux us du Net, l’expression d’une forme de courtoisie que vous auriez mauvaise grâce à contester ? Sans doute... N’allez pas trop vite en besogne, cependant : sous l’avertissement s’offre une alternative censée vous restituer un libre arbitrage dans l’invite à cliquer OK ou annuler et, dans le second cas, le courriel, « annulé », restera nul et non avenu... Raté ! Si annuler induit que vous ne serez pas identifié comme lecteur, son clic ne vous épargne pas l’affichage du mail originel. Tant il est vrai qu’en fait de messagerie électronique, à plus ou moins long terme, tout destinataire se révèle consentant. Paru dans Libération du 15 novembre 2008
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