samedi 22 novembre 2008 07:55
Sésame numérique
Chaque samedi, la techno-chronique de Pierre Marcelle.
par Pierre Marcelle
Combien de temps encore, les bruyants porte-clefs si pesamment métalliques, qui font des trous dans les poches et des stridences aux portails de sécurité ? Augurons que plus pour longtemps, tant partout se répand le plastique ovoïde ou ultra plat bourré de composants électroniques, sésame de tous les guichets et fourrier de notre trottinante paranoïa. Ainsi s’allège ici mon trousseau passeur de codes et de serrures électriques ; ainsi, la semaine dernière, son anneau Libération s’est-il enrichi d’un machin noir de forme hexagonale pour faire, entre la clef grise de la machine à café et une clef USB, un commencement de partouze numérique. Ces items passe-partout de la modernité, comment les baptiser ? Quand d’aucuns en tiennent encore pour l’antique appellation de « clef » (en sous-entendant, pour la distinguer de l’ancienne, qu’elle est numérique), c’est plus souvent du terme de badge qu’on l’affuble, voire, plus rarement mais dans le même registre, de pin’s, la langue cherche à tâtons le terme, le vocabulaire se teste dans un encore no word’s land, la bataille sémantique bat son vide. Ce temps de la concurrence pacifiquement lexicologique est béni. Il est celui en lequel s’inventent des jargons et des argots qui épaississent le dictionnaire. Il organise la cohabitation des générations : de même que lorsque tout un chacun glissa dans une poche de chemise ou un sac à main tout l’appareillage miniaturisé des postes et communications, le choix des mots identifie des anciens et des modernes. Les anciens disaient encore « portable » quand les modernes déjà parlèrent de « mobile », et ce distingo en apprenait déjà beaucoup sur le montant des forfaits téléphoniques des uns et des autres. Avec nos clefs, badges ou pin’s, nous n’en sommes pas encore là. Aussi, dans un premier temps, nous bornerons-nous à repérer, parmi nos collègues, ceux qui pragmatiquement en usent et ceux qui innocemment les perdent. Paru dans Libération du 22 novembre 2008
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