mercredi 10 janvier 2007 19:30
ShiftSpace annote les sites web
par Marie Lechner
Le site ecrans.fr annotté - DR
Le web est-il un espace public ou privé ? La question est posée par Mushon Zer-Aviv et Dan Phiffer, auteurs du projet Shiftspace, une application dont ils viennent tout juste de publier une nouvelle version sur leur site. La réponse n’est pas forcément évidente. Dan racontait à l’Ars Electronica, (festival d’art numérique à Linz qui leur a décerné une mention dans la catégorie The Next Idea) cette anecdote éclairante. Rob Cockerman, auteur californien d’un site jouissant d’une certaine notoriété Cockeyed.com lance régulièrement des défis à ses lecteurs comme ce « Paparazzi Contest » en août dernier où il les incite à le suivre dans un centre commercial et à le prendre en photos comme s’il était une célébrité. Mais deux des apprentis papazazzis se font alpaguer par des agents de la sécurité qui menacent de les escorter vers la sortie s’ils ne rangent pas immédiatement leur appareil. « Les centres commerciaux sont comme le web, ils ont l’apparence d’un espace public, les gens s’y rassemblent, mais ils sont privés », raconte Dan qui participait au contest. « Shifspace permet aux utilisateurs d’expérimenter le web comme un espace public continu plutôt qu’une collection d’îlots isolés et privés ». Concrètement, Shiftspace permet de construire une nouvelle couche par-dessus une page web existante (voir la démo). Après avoir téléchargé le programme, on peut annoter une page web, créer d’un clic un post-it et laisser ses commentaires. Exemple d’utilisation pour les auteurs : « lorsqu’on recherche « Falun gong » sur Google.com et sur Google.cn, on n’obtient pas les mêmes résultats. Shiftspace permet de laisser un post-it sur les résultats censurés de la version chinoise et donner l’adresse du site qui arrive en tête des résultats non-censurés, soit falundafa.org ». Le programme permet aussi d’intervertir des images, « par exemple se rendre sur le site de Dow Chemical (la compagnie responsable de la catastrophe de Bhopal en Inde) et de remplacer les photos d’entreprise par une photo du squelette d’or des Yes Men ». La nouvelle version de Shiftspace permet elle de modifier directement le code source de la page. D’autres fonctionnalités sont prévues comme la possibilité de taguer, de graffiter, de faire des pochoirs sur les pages, ou encore d’écrire littéralement entre les lignes. Lorsqu’on navigue sur la Toile, on peut voir quelles pages ont été modifiées, annotées par d’autres internautes, grâce à une discrète icône Shiftspace qu’on active par le raccourci clavier « shift+space » pour accéder aux modifications. Cette méta-couche qui se surimpose sur le web, n’est cependant visible que par les utilisateurs qui ont au préalable téléchargé l’application, soit pour l’instant un nombre limité de personnes. « On espère inciter plein de gens à utiliser ce logiciel, ça permet de connecter les utilisateurs, de laisser des commentaires, de recréer un espace public par-dessus le web commercial. » Shiftspace s’inspire du modèle (propriétaire) de Thirdvoice.com, qui permettait d’annoter les pages web mais qui a du fermer en 2001 et de Greasemonkey, une extension pour le navigateur Firefox qui permet à l’internaute de modifier l’apparence des pages web visitées, d’ajouter des fonctionnalités, de supprimer des publicités, à l’aide de scripts). ShiftSpace quant à lui, est « social, il permet différentes applications, il est open source et accessible à tous, y compris les non codeurs », exposent les auteurs qui invitent les internautes à rejoindre le mouvement et à tester l’outil.
Partager cet article
Partager Tweet


