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mardi 26 août 2008 07:35

  • cinéma

Si vous ne l’avez pas vu…

« L’Homme invisible », film de 1933, ressort en salles.

par Bruno Icher

tags : science-fiction , cinéphilie

DR

L’Homme invisible de James Whale (1933) avec Claude Rains, Gloria Stuart, William Harrigan… En salles actuellement.

Le fantasme de l’invisibilité a été couché noir sur blanc dans le roman de H.G. Wells en 1897. L’Homme invisible décrivait le funeste destin de Jack Griffin, scientifique anglais, qui découvre la formule pour se soustraire aux regards des autres, et la malédiction qui va avec. Incapable de trouver un antidote, Griffin, fantôme parmi les vivants, expérimente le pouvoir de sa condition et sombre dans une mégalomanie meurtrière. Le film de James Whale reprend la trame du roman mais ajoute la folie furieuse au répertoire du personnage. Une dimension que déplorait l’écrivain, bien vivant en 1933, et qui avait exigé de lire le scénario (de R.C. Sherriff) avant de céder ses droits.

De son côté, Carl Laemmle, le matois patron d’Universal, avait longuement consulté John P. Fulton, alias « the Doc », grand patron du Trick Department (trucage) avant d’acquérir les droits. Il voulait que le film soit une démonstration époustouflante d’effets spéciaux. Le Doc, qui développait la technique de la surimpression depuis plusieurs années, donne son feu vert et le tournage peut commencer. Sauf que James Whale, réalisateur de Frankenstein, n’a plus d’acteur principal. Boris Karloff vient de claquer la porte du studio après que Laemmle lui a refusé pour la énième fois une augmentation. Whale déniche finalement Claude Rains, acteur de Broadway, et l’impose grâce à sa voix aristocratique et cassante, mais aussi parce que personne ne verra son visage (ou presque) pendant tout le film.

En cette période où Universal connaît son âge d’or du cinéma fantastique (Dracula, Frankenstein, The Mummy, après les succès des films avec Lon Chaney dans les années 20), l’Homme invisible est une curiosité.

En premier lieu parce que le personnage central est un type très antipathique, rendu dingue au dernier degré par la potion qu’il a absorbée. Il ne pense qu’à étrangler des tonnes de gens, humilier des innocents et, étrange lubie, à faire dérailler des trains. Une sorte d’anar sanguinaire qui veut semer le chaos, puisqu’il ne peut plus appartenir à ce monde. Ensuite parce que, hormis l’élue de son cœur (qui n’existe pas dans le roman), aucun autre personnage n’est réellement positif. Les flics sont d’épais crétins, le collègue scientifique de Griffin, un lâche doublé d’une balance, et les victimes de l’homme invisible, un ramassis d’ignorants violents et peureux.

Enfin, Whale fait volontiers basculer le film de la tragédie à la comédie lorsque, en proie à ses crises de démence, Griffin fait tourner en bourrique les pauvres gens qui croisent son chemin. Hélas, il n’exploite pas totalement une situation pourtant prometteuse voulant que, pour être invisible, le dangereux Dr Griffin doit être totalement à poil.


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