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mercredi 29 avril 2009 18:46

  • cinéma

Silicone charmé

Les animateurs du « Sens de la vie pour 9,99 $ » ont réussi un petit miracle  : dompter et donner vie à la pâte plastique qui forme leurs personnages, procurant au spectateur une forte sensation d’humanité.

par Natalie Levisalles

tag : animation

Le sens de la vie pour 9,99$, de Tatia Rosenthal. - DR

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Entretien avec Tatia Rosenthal lors de son passage à Paris.

Le film commence par une rencontre devant un genre de Starbucks Coffee, entre Jim, un salarié fatigué pressé de s’éloigner, et un SDF qui refuse d’être ignoré, insiste pour engager la conversation et menace de se suicider. Jim a d’autres chats à fouetter, il a lui-même ses soucis. On les comprend tous les deux. Ça va mal se terminer ou plutôt  : ça va commencer par mal se terminer, puis le film rebondira, mais en deux minutes, le spectateur est saisi et maintenu dans l’émotion et l’humour absurde du Sens de la vie pour 9,99 $. Dans ce film réalisé par l’Israélo-Américaine Tatia Rosenthal, 38 ans, les personnages sont en pâte à modeler, ou plutôt en silicone, un peu comme dans la série des Wallace et Gromit, dont on retrouve un peu du surréalisme hyperréaliste. Même si, ici, la plupart des personnages sont des êtres humains, il faut reconnaître que certains sont dotés de signes très particuliers  : les uns mesurent cinq centimètres de haut, d’autres ont visiblement accepté d’être désossés par amour. Quant à celui qui a des ailes et un sale caractère, c’est en fait l’ange gardien du retraité du troisième. Parce que l’histoire raconte les aventures des habitants d’un même immeuble, dont les vies parallèles se croisent parfois dans l’ascenseur. Quand le petit Zach (qui vit seul avec son père) y rencontre le voisin du dessus et lui demande ce que c’est qu’un top model, il s’entend répondre que « c’est comme une fille, mais plus jolie ».

Le film s’appelle donc le Sens de la vie pour 9,99 $, et on ne prend pas beaucoup de risque à dire que tous les personnages en sont à un moment où ils cherchent désespérément le sens de la leur. Aussi bien Dave Peck, le jeune homme au chômage (qui habite avec son père dépressif), que le retraité veuf et bavard (bientôt coaché par un ange gardien), le top model qui façonne ses conquêtes à l’image de ses fantasmes, ou Zach et son ami le cochon-tirelire. Dans les décors, on reconnaît l’architecture Bauhaus de Tel-Aviv, même si l’histoire se passe dans une ville non définie qui pourrait aussi être New York, où la réalisatrice vit depuis quinze ans.

Il y a de très jolies scènes. Zach jouant au foot avec ses mains en ombres chinoises. Dave apprenant à son père à nager comme un dauphin. De très drôles aussi, comme lorsque l’étudiant glandeur retrouve ses amis de cinq centimètres de haut ou lorsque le retraité parle avec son ange-gardien cynique et ronchon.

Que tout cela soit obtenu à partir de figurines de silicone est un petit miracle. Comme celui qui a permis que le film finisse par se faire, alors que le scénario était écrit depuis 1999, mais que la réalisatrice ne trouvait pas de producteur. C’est une coproduction entre l’Australien Emile Sherman et l’Israélien Amir Harel qui a heureusement sauvé le projet.

Le scénario a été coécrit par Tatia Rosenthal, réalisatrice, et Etgar Keret, à partir des nouvelles de ce dernier. On y retrouve les passions et les obsessions habituelles de cet écrivain israélien  : le foot et le suicide, la beauté et le danger de l’amour fusionnel, les enfants, la solitude. On retrouve aussi désespoir, joie enfantine, drôlerie, désir et rédemption, les éléments qui donnaient un ton si particulier à Méduses, le film qu’il a coréalisé avec sa femme, Shira Geffen. Mais si le Sens de la vie est un film si drôle et poétique, c’est aussi grâce à la musique légère et envoûtante de l’Australien Christopher Bowen.

Article paru dans Libération du 29 avril 2009


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