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mardi 28 décembre 2010 11:43

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Sites et ciné

par Patricia Giunta

tag : exposition

Gina Lollobrigida, l’Esmeralda du « Notre-Dame de Paris » de Jean Delannoy, dansant dans un décor de carton-pâte. Photo Ministère de la Culture et de la Communiation

Quel est le point commun entre la Merveilleuse Vie de Jeanne d’Arc (Marco de Gastyne, 1927), le Miracle des loups (André Hunebelle, 1961), le Corniaud (Gérard Oury, 1965) et les Visiteurs (Jean-Marie Poiré, 1993) ? Tous ces films comportent des scènes ayant pour décor la Cité médiévale de Carcassonne, mais pas forcément dans son propre rôle. Ainsi du premier des titres précités, où elle joue Orléans assiégée par les Anglais ; tandis que dans le second elle prête ses remparts pour figurer la ville de Beauvais, théâtre d’amours contrariées sur fond de rivalité entre Louis XI et Charles le Téméraire…

On peut aisément expliquer cette surreprésentation de la citadelle de l’Aude dans les films, français ou étrangers (cf. le Robin des Bois, prince des voleurs, de Kevin Reynolds, en 1991) : débutée au milieu du XIXe siècle par Viollet-le-Duc, la rénovation du site se termine peu ou prou à l’avènement du cinématographe. Bref, le cadre rêvé pour maintes reconstitutions historiques et autres aventures de cape et d’épée. Jean Renoir y tourna d’ailleurs le Tournoi dans la cité, un muet de 1928, lors des commémorations du bimillénaire de la ville.

Ces anecdotes, parmi tant d’autres, sont révélées dans l’exposition « Monuments stars du 7e art », à la Conciergerie, autre lieu chargé d’histoire, sous les voûtes de la salle des Gens d’armes.

Érudite mais pas rébarbative, la scénographie est due à N. T. Binh — journaliste, critique à la revue Positif, cinéaste et enseignant de cinéma — et dédiée à Eric Rohmer, associé au projet mais décédé avant son aboutissement. Mêlant affiches, photos, maquettes, costumes, extraits de films dans un parcours ludique en forme de labyrinthe, l’ensemble est un double hommage au patrimoine architectural français et aux œuvres qui l’ont porté à l’écran.

De la royauté à la Révolution en passant par l’Empire, les grandes figures, historiques ou fictives, ont inspiré les réalisateurs. Souvent au prix d’interminables repérages : si le Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006) fut partiellement filmé à Versailles, certaines de ses scènes d’intérieur ont été tournées dans d’autres bâtisses historiques, notamment au château de Millemont (Yvelines).

Pour son Vatel (1999), Roland Joffé dut trouver pas moins de treize remplaçants pour figurer le château de Chantilly. En effet, l’action se passe au XVIIe siècle, dans la demeure du prince de Condé, mais la restauration dudit monument, au XIXe siècle, ne permettait plus d’en faire le décor légitime sous peine d’anachronisme avéré.

Il fallait parfois aussi revoir à la baisse les budgets des tournages en décors réels pour se rabattre sur les artifices. Quand Gina Lollobrigida déambule dans les ruelles moyenâgeuses aux abords de Notre-Dame de Paris (Jean Delannoy, 1956), il faut toute la grâce de l’ardente Italienne en Esméralda pour faire oublier les façades de carton-pâte. Le contraste entre la cathédrale, fastueusement reconstituée à l’arrière-plan, et la danse lascive de la bohémienne illumine le film.

Vigne vierge. Bien évidemment, d’autres monuments parisiens sont à l’honneur pour de furtifs caméos touristiques, comme de simples cartes postales : Arc de triomphe, Palais Royal, tour Eiffel, Panthéon… Ils sont les seuls à se partager, au sens propre, l’affiche de Si Paris nous était conté (Sacha Guitry, 1956), dont l’original est présenté dès l’entrée. Clin d’œil en forme de mise en abyme : le cachot de la Conciergerie elle-même servit de cadre à Andrzej Wajda pour son Danton (1983).

Plus loin, une des installations interactives qui agrémentent le parcours - un fond bleu permettant de s’incruster dans un décor peint peuplé de créatures — rappelle au visiteur que le fantastique rôde, tapi dans l’ombre. Le temps d’admirer une étrange affiche — la Fiancée des ténèbres, de Serge de Poligny (1945) —, et voilà qu’apparaît une alcôve tendue de noir, dédiée aux contes et aux mythes. Le thème, abondamment exploité par les cinéastes, est richement illustré. Un lavis de château signé Victor Hugo fait face à une étude préparatoire de Bernard Evein pour la chambre à coucher du roi dans Peau d’Âne (Jacques Demy, 1970). Le cartouche précise que le décor ne fut pas réalisé. Dommage ! Il était pourtant aisé d’imaginer Jean Marais étendu sur un couvre-lit en crinières de lion, tandis qu’autour de lui folâtre la vigne vierge.

On apprend aussi que, dans l’Éternel Retour (Jean Delannoy, 1943), Madeleine Sologne et le même Marais, en plus jeune, ont joué l’adaptation de la légende celtique de Tristan et Yseult… dans le Cantal, département peu réputé pour être à un jet de Piéral des côtes bretonnes.

Avec sa surprenante silhouette, le cas de Pierrefonds, dans l’Oise, est le parfait archétype du château fantasmatique, ce qui lui vaut la deuxième place, après Carcassonne, dans le classement des sites les plus portés à l’écran. Son histoire laisse même à penser qu’il n’était destiné qu’à être un décor, puisque sa construction, voulue par le duc d’Orléans en 1396, ne fut jamais achevée. Au XVIIe siècle, il fut partiellement démantelé sur ordre de Richelieu. Laissé plus d’un siècle à l’état de ruines avant d’être rénové par l’incontournable Viollet-le-Duc, il ne fut finalement jamais habité… Jusqu’à l’apparition des caméras.

Monuments stars du 7e Art
La Conciergerie, Palais de la Cité
2, bd du Palais, 75001 Paris
jusqu’au 13 février.

Paru dans Libération du 23 décembre 2010


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