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mardi 29 novembre 2011 11:04

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« Skyrim » ou l’infini

par Olivier Séguret

tag : Moi jeux

DR

L’espace et le temps : on pourrait rassembler toute l’histoire du jeu vidéo sous l’empire de ce double paradigme. Quels que soient le titre, le genre, l’époque, il s’agit toujours pour le jeu de répondre d’abord à ce ressort vital : donner l’illusion de posséder les clefs de l’espace et du temps, dont il fabrique des volumes virtuels considérables et qui occupent in fine la vie bien réelle des joueurs. Le temps et l’espace sont toute la matière et l’orgueil d’un jeu comme Skyrim, l’une des plus importantes productions de l’année, attendue impatiemment par les amateurs fidèles, et très nombreux autour du globe, de la série The Elder Scrolls, dont cet épisode est le cinquième « parchemin ».

Jeu de rôles dans la tradition « occidentale » du genre et fleuron de son développeur Bethesda, c’est le titre de la saison incarnant le mieux l’épopée dans son sens classique et presque littéraire : nous sommes sur les terres nordiques de la saga, jetés dans le brasier de conflits séculaires entre peuples ennemis, sur des territoires rugueux, hostiles mais de toute splendeur, comme les dragons qui y nichent… Malgré la relative discrétion de la licence dans le paysage mainstream, certains lui attribuent une influence étendue dans les statistiques du travail : aux Etats-Unis, quelques pour cent des arrêts maladie, prises de congés et défauts d’assiduité sont attribués à la sortie de ce monstre d’addiction et de chronophagie.

Car l’appel idéaliste de Skyrim est d’une exigence absolue, aux antipodes du casual. Le picorer ne servirait à rien, le survoler serait futile et le traverser en bourrinant, stupide. Il n’y a pas d’option, juste le don de soi : Skyrim est un jeu « tout ou rien ». Mais, quand on dit tout, on le pense vraiment. La masse du temps et la vastitude de l’espace sont ici de nature à donner au gamer le plus délicieux vertige. Mais Skyrim ne les remplit pas avec du vide ou de la vanité : dans son script retors (qui fait parfois douter d’avoir choisi le bon camp), dans son interprétation de la nature (dont on a rarement vu d’exemple si cohérent, jointif et réaliste) et dans la réflexion qui a irrigué son gameplay (un modèle d’équilibre sobriété-sophistication), l’aventure tient dès ses premières heures sa promesse de substance et de solide construction. Bien que les jeux ne soient pas des paquets de lessive où l’on pourrait mesurer la quantité de produit vendu, on peut avancer que Skyrim est le jeu qui contient le plus d’espace et de temps aujourd’hui disponible sur le marché, et qu’il les combine avec une diabolique dextérité.

 

Paru dans Libération du 28 novembre 2011


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