Song für C, un feuilleton noir pour téléphone portable
par Marie Lechner
DR
Après la généralisation des caméras intégrées à l’appareil, la prochaine génération de téléphones portables sera probablement équipée de nouvelles fonctionnalités, comme celle de recevoir la télévision sur son mobile ou sur un petit écran portable via le réseau hertzien grâce à la norme DVB-H. Précédant l’avènement de cette technologie, le département de R&D de Vodafone a sollicité le duo d’artistes M+M (Marc Weis et Martin de Mattia) pour imaginer un film tourné spécialement pour le portable. En collaboration avec la Hochschule für Gestaltung und Kunst (école d’art et de design) de Zürich, ils ont réalisé Song für C, une série criminelle (en allemand) dont le prototype était présenté au Filmfest de Münich ainsi qu’à l’Ars Electronica, festival d’art numérique autrichien. Cette série tente de développer une nouvelle manière de raconter des histoires. La fiction n’est pas linéaire, mais éclatée en de multiples fragments. Pendant deux semaines sont envoyés chaque jour à heure variable de courtes séquences vidéos, des appels téléphoniques, des messages SMS ou des images, à charge pour celui qui s’est abonné à ce film noir de reconstituer l’histoire à sa guise à partir des bribes éparses. Gerhard Blechinger, responsable du projet à l’Ecole d’art et de design de Zürich parle d’une nouvelle grammaire, « d’une déconstruction de la télévision. » Le film n’est pas tourné avec une caméra de téléphone mais avec une caméra digitale, afin d’obtenir une très bonne qualité d’image. Les réalisateurs s’inspirent toutefois de l’esthétique des films sur portable : gros plans, vidéosurveillance, pseudo-authenticité documentaire, histoire de brouiller un peu les frontières entre fiction et réalité. Cinq acteurs interprètent les protagonistes de ce « feuilleton ». A terme le film Song für C devrait comporter de 15 à 21 épisodes dont la durée oscille entre 30 secondes et sept minutes. La trame tient en quelques mots, un père antipathique engage une détective sexy Ellen Kramer pour épier sa fille de 18 ans Clara, qui disparaît subitement. Quotidiennement, le spectateur découvre via des appels réguliers sur son téléphone les pièces du dossier accumulée par la détective : un enregistrement de l’appel qu’elle a passé à Tom, obscur musicien dont Clara est amoureuse, une vidéo anonyme où elle se fait suivre par un inconnu, etc. « C’est comme si le spectateur était un voyeur qui observait toute l’intrigue à travers le portable de la détective », explique l’un des réalisateurs. Une fille dépressive, une mère suicidée dans des conditions suspectes, des sombres histoires de testament, de la drogue, une ambiance étrange à la Lynch qui se déploie jour après jour. A l’Ars Electronica, les auteurs ont testé également une transmission live : un acteur jouant in situ une scène du film, diffusée en direct sur le téléphone. Le spectateur est invité à s’impliquer dans cette sinistre affaire. Sur certaines vidéos, il a la possibilité de regarder une scène sous deux angles différents. Il peut aussi consulter les archives de la détective, ce qui le rend actif mais non interactif. Il n’influe pas sur la fiction, ne participe pas aux recherches de la détective, l’histoire est à sens unique, écrite à l’avance. Cette fiction explore de nouveaux modes de narration mais de façon assez timide, en-deça du potentiel de l’appareil qui permettrait d’immerger bien davantage le spectateur. Pour l’instant, le pilote fonctionne uniquement sur des téléphones spéciaux, aux écrans plus larges que la moyenne, capables de recevoir la télévision mobile, mais dès mi 2007, les usagers devraient pouvoir accéder à ce nouveau genre de fiction.
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