Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

vendredi 19 septembre 2008 10:54

  • internet

« Sound Unbound », Dj Spooky mixe la culture

par Marie Lechner

Sound Unbound, livre-CD, édité par DJ Spooky

Sound Unbound, Sampling Digital Music and Culture, MIT Press, édité par Paul D.Miller, alias DJ Spooky.

« Le collage d’images, de sons, de textes, qui pendant des siècles était une tradition très fugitive (un centon par ci, un pastiche par là) est devenu central dans une série de mouvements du XXe siècle ; futurisme, cubisme, dada, musique concrète, situationnisme, pop art, et appropriationnisme. Le collage, plus petit dénominateur commun de cette liste, pourrait être considéré comme LA forme artistique du XXe siècle, sans même parler du XXIe », écrit Jonathan Lethem, dans un manifeste en faveur de l’appropriation, où il évoque les lignes fluctuantes entre plagiarisme et originalité. Pour appuyer sa démonstration, il détricote en détail son article, révélant comment il l’avait assemblé, à partir de fragments de mots et de pensées des autres.

Un exemple d’appropriation, cité par Lethem, les livres revolver de Robert The.

Le texte figure dans l’anthologie Sound Unbound, rassemblée par Paul D.Miller, qui explore l’impact des technologies sur l’art et la manière dont notre culture est entièrement construite sur le sampling. « Le livre fonctionne comme une mixtape, ces cassettes qu’on s’échange dans le hip hop, explique celui qu’on connaît mieux sous son pseudo de DJ Spooky, croisé lors d’une séance de signature au Palais de Tokyo.. Je voulais une sorte d’équivalent littéraire de la culture “rip, mix, and burn” (ripper, mixer, graver), un ouvrage polyphonique non spécialisé. »

Sound Unbound est le deuxième ouvrage de Miller, après Rythm Science, tous deux publiés par le MIT. Le premier était préfacé par Lawrence Lessig, professeur de droit, défenseur de la free culture, le second par le compositeur Steve Reich.

Dj Spooky, qui a appliqué les techniques du mixage au film (il a retravaillé Birth of a nation, film muet pro Ku Klux Klan de Griffith), aux bandes originales et aux archives de labels comme Sub Rosa ou Trojan, l’étend ici à l’édition. D’où ce gros mash up d’auteurs très éclectiques, scientifiques, compositeurs, musiciens (Chuck D, Moby, Scanner, Saul Williams), artistes, écrivains, avocats et cette impression de butinage décloisonné, de discussion à bâtons rompus. Au lecteur de faire le lien entre les 36 essais et de trouver les connections cachées entre les artistes.

Rebirth of a Nation, DJ Spooky.

« Il y a toujours eu cette fascination pour la juxtaposition aléatoire dans la poésie, l’écriture automatique chez les Surréalistes, le cut-up chez Burroughs. Le XXIe siècle a vu la collision de tant de cultures en si peu de temps. Lorsqu’on marche dans les rues de New-York ou dans quelque autre capitale on est bombardé par tellement de langages. Je voulais faire un livre qui soit un miroir de ce collage qu’on expérimente au quotidien », dit l’auteur.

Boulez et Reich y évoquent leur processus de composition, Brian Eno apporte une vision érudite sur l’histoire (passionnante) des cloches et la manière dont elles structuraient le quotidien, Naeem Mohaiemen s’intéresse à l’impact de l’Islam sur la culture hip hop, Erik Davis décortique les rythmiques dans la musique électronique black (dub, jungle etc...) et s’intéresse à leur portée métaphysique. Bruce Sterling, auteur de SF, nous fait parcourir le cimetière des médias morts, donnant moult exemples d’éphémères technologies.

Bande-annonce du documentaire à venir Raymond Scott : On to Something

On y trouve aussi une instructive histoire du pionnier de la musique électronique Raymond Scott, génial musicien et ingénieur, auteur de nombreux thèmes de dessins animés. Toujours à la croisée de l’art, de la science et de la musique, les artistes Evelina Domnitch et Dmitry Gelfand nous font partager leurs expérimentations avec la sonoluminescence. Daphne Keller, avocate chez Google, souligne l’inadaptation du copyright à l’ère numérique, dans The musician as thief.

« Si on respectait la loi telle qu’elle est prévue, Internet ne pourrait fonctionner, parce que tout est basé sur la copie et l’échange, renchérit Spooky. La culture commerciale est face à un paradoxe. Les industries culturelles veulent que vous participiez au processus tout en vous contrôlant. Si j’ai soif et que je vois un verre d’eau, je vais le boire. Je ne me demande pas à qui appartient l’eau. L’information, ça va être comme l’électricité ou l’eau courante, un service public. »

Le livre s’achève sur une note pessimiste de Jaron Lanier, pionnier de la réalité virtuelle, scientifique et artiste qui se lamente de l’inexistence d’une nouvelle pop musique contemporaine. « Les gamins écoutent la musique qu’écoutaient leurs parents baby boomers qui à ce stade est souvent la musique qu’écoutaient leurs grand-parents ». La limite de la culture généralisée du remix et du sampling ?

DJ Spooky se veut plus optimiste. « Les plus grands bouleversements culturels arrivent par accident. Ce n’est pas un moteur de recherche qui nous dira “voilà, ceci est la nouvelle culture”. Il y a à la fois une démocratisation sans précédent de la culture (le musée du XXIe siècle sera un serveur FTP, ou un réseau sans fil invisible) et un risque de standardisation, parce que tout le monde emploie le même logiciel et de la même façon. Aujourd’hui, on se définit par notre profil et on s’enferme dans Facebook ou Myspace avec des gens qui partagent les mêmes intérêts, les jeunes grandissent avec ça, avec leur profil Facebook, leur playlist itunes. Je m’intéresse à la dissidence, au bruit du progrès et du changement, à une utilisation non conformiste des technologies. Sound Unbound est une sorte de prise de position entropique, une célébration de l’ambiguïté. »

Le livre est accompagné d’un CD de mix réalisés à partir des archives audio et enregistrements historiques rares du label belge Sub Rosa. Spooky y convie des voix dissonantes, Cocteau, Duchamp, Artaud, Ginsberg, traçant des connections invisibles entre l’avant-garde et la musique électronique, la musique savante (Glass, Reich, Schaeffer ; Varèse, Xenakis, Cage) et le hip hop, faisant se rencontrer Joyce et Satie, Burroughs et Iggy Pop. « Le texte est très important pour moi en tant que DJ. Les disques sont juste une autre forme de texte et les mots écrits une autre forme de sons. »


Il y a 0 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

article précédent
Loi Création et Internet : Albanel a « bon espoir »
article suivant
Du papier au Web, chronique d’une révolution de l’info


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Marie Lechner
  • réactions (0)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen

Lib.fr

  • Un homme arrêté pour le meurtre d'un enfant disparu en 1979
  • Des sénateurs américains veulent frapper le Pakistan au porte-monnaie
  • La projection du film de Dieudonné annulée à Cannes
  • Le président de la banque du Vatican démissionne
  • Google confronté au viol de droits d'auteur

Medias

test
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008