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mercredi 9 février 2011 17:41

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Sous le soleil de Satana

par Bruno Icher

tag : cinéphilie

Tura Satana dans Faster, Pussycat ! - DR

« Ladies and Gentlemen, welcome to violence ! » lançait le narrateur au début de Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! de Russ Meyer. La silhouette affolante de Tura Satana débarquait alors plein pot, au son du juke-box hurlant. D’instinct les boutonneux, qui s’étaient massés dans les salles en 1966 pour découvrir le film, savaient qu’il allait leur falloir un bon moment pour oublier sa poitrine d’acier comprimée par la brassière de cuir, ses cheveux noirs comme l’encre, ses coups de godasses d’une précision chirurgicale et ses répliques de plomb, du calibre « Vas-y doucement chéri. T’es un vrai risque d’incendie ».

 

Aujourd’hui, une pensée s’impose pour la fille la plus violente et sexy du cinéma, morte d’une crise cardiaque à 72 ans. Depuis une trentaine d’années, elle vivait à Reno, Nevada avec son mari, un ex-flic de la brigade criminelle de Los Angeles. Elle y élevait ses deux filles et travaillait comme secrétaire médicale dans un cabinet de dentistes. Manifestement, le fait qu’Hollywood l’ait oubliée lui allait très bien. Il faut dire que le parangon des pin-up de l’après-guerre avait eu son lot d’émotions.

Tura Luna Pascual Yamaguchi naît au Japon, sur l’île d’Hokkaido le 10 juillet 1938. Son père, moitié japonais moitié philippin, rêve d’une carrière d’acteur après quelques films muets tournés au Japon. Sa mère est une Cheyenne aux ascendances irlandaise et écossaise, artiste dans un cirque. Après sa naissance, la famille débarque aux Etats-Unis juste avant Pearl Harbour. Pas de chance. Sa prime jeunesse, c’est au camp de Manzanar qu’elle la passe, avec les 110 000 Japonais ou Américains d’origine japonaise déportés. « Manzanar était un endroit intéressant, avait-elle écrit au début de sa biographie. Ce ne sont pas les barbelés et les gardes armés qui m’ont manqué après mais le délicieux climat. » A la fin de la guerre, la famille s’installe près de Chicago. Tura est une excellente élève mais la précocité de sa puberté l’oblige à repousser sans cesse les assauts hormonaux de ses petits camarades. Jusqu’au jour où elle ne peut pas. A 9 ans et demi, sur le chemin de l’école, elle est violée par cinq gamins d’un gang local. Aucun agresseur ne sera inquiété, du moins par la justice. La légende veut que Tura ait assouvi sa propre vengeance avec l’aide de ses copines des Angels, un gang de jeunes filles italiennes, polonaises ou juives du quartier qu’elle avait réunies pour apprendre l’aïkido et mener la vie dure aux voyous du coin.

« On avait des blousons en cuir de motards, des jeans et des bottes pour foutre des coups de pieds au cul », disait-elle. Difficile de ne pas faire le parallèle avec son personnage de Varla dans Faster, Pussycat ! où la belle brune avait réalisé elle-même les cascades, affichant un goût prononcé pour la baston où elle ne retenait ses coups homicides qu’à regret. Quand Russ Meyer lui avait proposé le rôle, elle avait répondu : « Je la ferais très féminine, mais aussi une salope sur roues ».

Avant le film, Tura avait déjà une longue carrière derrière elle. Depuis l’âge de 15 ans, quand elle avait décidé de tout plaquer, son oncle libidineux, son mariage arrangé avec le matelot John Satana (Tura Satana était donc à la surprise générale son vrai nom), pour tenter sa chance à Hollywood. En 1953, faux papiers en poche, elle débarque à Los Angeles et son physique dévastateur la conduit presque mécaniquement sur Hollywood Boulevard,encore un alignement de cinémas grindhouses et de cabarets plus ou moins fréquentables. Elle reste juste assez longtemps « cigarette girl » au Moulin Rouge pour être repérée par l’ex-star du muet Harold Lloyd qui tourne des films coquins. C’est l’époque aussi où elle met à profit ses talents de danseuse en intégrant une troupe burlesque, croisant quelques sommités du genre alors à son apogée, Rose Le Rose, Tempest Storm, Candy Barr ou Lily St Cyr, avec laquelle elle partage l’affiche d’un cabaret de Bourbon Street, à la Nouvelle Orléans.

C’est à cette époque qu’elle croise un jeune Sudiste dont elle tombe, un peu, amoureuse. C’est Elvis Presley avec qui elle sort six ou sept mois. « Il aimait mon numéro et ma manière de tourner, alors je lui ai appris les mouvements », racontait-elle. Certains jurent qu’Elvis lui a proposé le mariage et qu’elle a refusé, mais qu’elle a gardé la bague.

De retour à Los Angeles, elle passe quelques castings et décroche une figuration pour Irma la Douce de Billy Wilder, qui fréquentait assidûment les performances de la jeune fille. Il n’est pas le seul. Les feuilles à scandale lui ont prêté diverses liaisons, la plus croustillante étant celle avec Rod Taylor.

Puis c’est l’apogée de Faster Pussycat !, Tura devenant aussitôt et sans doute pour toujours une icône de femme libérée et du mauvais genre. Ensuite, elle n’eut plus beaucoup de rôles à sa démesure, et même plus de rôles du tout à part The Astro Zombies et The Doll Squad, deux nanars hilarants de Ted Mikels.

 

Vers le milieu des années 70, elle prend donc une retraite méritée bien que modérément paisible puisqu’elle trouve le moyen de ramasser une balle perdue dans le ventre, tirée par un camé poursuivi par la police, et de manquer de rester paraplégique après un accident de voiture. Ces derniers temps, Tura donnait des interviews à des fanas enamourés qui venaient rencontrer le fantôme de Varla. Sur le site qui lui est consacré, on peut lire qu’un projet de documentaire sur sa vie, A Kick Ass Life, était en préparation. On l’attend plus que jamais.

Paru dans Libération du 08/02/2011


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