mercredi 26 août 2009 17:33
Sous les lustres dorés, la verrine abandonnée
Les cocktails à l’heure de la crise
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
Ca ne vous aura pas échappé, c’est la crise. Et, en 2009, les médias se la sont mangée en pleine face. Le pauvre Gottfried Langenstein, président d’Arte, en est encore tout chose. Figurez-vous qu’il a passé ses vacances aux Etats-Unis où tous les journaux ferment à cause de Google, a-t-il - en gros, hein ! - expliqué hier. Gottfried en a tiré cette placide morale : « Nous sommes les témoins des changements de l’audiovisuel. » Si on peut se permettre, lieb Gott Gott, nous en sommes les victimes, tous, et organiser ta conf sous les ors d’Orsay n’y changera rien. Quoique. Si ça peut permettre à ces mendigots de journalistes de manger à leur faim… Celui-ci se plaint auprès d’un confrère : « Je suis un dommage collatéral des mouvements à la direction de France Inter. » Aïe. L’autre est sur « un projet d’un super site de partage de blogs. » Mouais. « Si ça marche pas, j’irai carrément en mode warrior », conclut le premier. Mais il est temps, après les deux plombes de conférence, pour les crève-la-faim de se ruer sur le buffet. De l’auditorium au sous-sol d’Orsay, il faut, pour se rendre à la salle des fêtes quelques étages plus haut, croiser, dans le musée ouvert au public (un scandale), la plèbe en tongs. Heureusement, on distingue le journaliste du vulgum pecus grâce à un autocollant jaune et un sac Arte orange vif. Enfin l’abreuvoir. Alors là, pardon mais on n’est pas chez les mickeys. On est même dans l’ancienne salle de bal de l’hôtel d’Orsay, et classée monument historique s’il vous plaît. Plafond giga haut, du doré partout, maousses lustres et angelots dodus. Ici et là, des statues : une Eve avant le péché, un Amour piqué, une Muse de la source et un délicieux petit Œdipe en terre cuite qu’on aurait bien barboté. Mais tout le monde a déjà convergé vers les trois buffets dressés là : sushis, verrines (dont tout téléspectateur d’Un dîner presque parfait sait que c’est total has been) et bibine. Les nourritures terrestres que voulez-vous : les statues n’intéressent personne… Ben oui, mais va te repeindre à la source de la Muse du même nom et après on reparlera. Hauteur du plafond oblige, la salle de bal vire vite au beuglant. L’écho entre en collision avec les bulles de champagne (on n’a bu qu’une coupe, on a une déontologie). Ça résonne et il faut parler fort. Ce qui n’empêche pas les mondanités : « Emmanuel ! Je te présente Raphaël Enthoven ! » Emmanuel se précipite sur quatre-consonnes-et-trois-voyelles. « J’adôôôre ce que vous faites, je ne vous ai jamais vu à la télé mais sur Arte+7. » So chic… Dans un coin, PPDA, qui a encore réussi à extorquer quelques heures d’antenne à Arte, agite ses bras d’albatros entouré de quelques jeunes filles blondes (et tout à fait nubiles, bande de pervers). Mais s’il arbore toujours le bronzage TF1, le vieux fauve a comme rapetissé, s’est tassé. A côté, aux pieds d’albâtre de l’Amour piqué, un malotru a posé une verrine entamée. Tout fout le camp.
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