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mardi 9 septembre 2008 08:59

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Sous les planches, la psyché

Deauville. 34e édition du festival du cinéma américain.

par Gérard Lefort

tag : festival

The Wackness - DR

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A Deauville, l’audace est aussi venue cette année de la section documentaires.

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Meryl Streep n’ayant pas fait le déplacement à Deauville pour y pousser n’importe quel tube d’Abba (comme elle s’y adonne dans Mamma Mia,la comédie d’ouverture de Phyllida Lloyd), la rumeur a tôt fait de faire flamber les planches : « Les stars ne sont pas là. »

Ce qui, à l’entrée d’un palace, désespère Simone et Françoise, deux sœurs d’un âge certain qui ont fait le déplacement (de Trouville, soit dix minutes à pied) pour voir Tom Cruise. Ce qui ne risquait pas d’arriver, vu que la vedette scientologue n’est dans aucun film présenté.

C’est dire que la pénurie de stars ne consterne que ceux qui ne savent pas qui sont Spike Lee, John Malkovich, Kevin Spacey, l’important Charles Burnett ou le gigantesque Viggo Mortensen. D’ailleurs, comment dire qu’on s’en bat comme de sa première paire de tongs, puisque les films, eux, étaient là. Histoire de se faire une petite idée de ce qui trotte dans la psyché américaine du moment.

C’est fou par exemple, de vérifier comment les citoyens américains adorent se dire et redire « Je t’aime » de film en film, ou se bombarder de « Great ! » à grand renfort de pouce levé et d’yeux plissés, comme s’ils exprimaient ainsi le summum de leur supériorité affective.

Dans The Wackness, du jeune New-Yorkais Jonathan Levine, ça ne rate pas. Luc, puceau de la classe moyenne, fait sa déclaration d’I love you à sa fiancée d’un week-end. Mais comme la fille n’en demandait pas tant, réclamant juste une forte dose de baise, le garçon pique une crise sévère de « cœur brisé ».

Sinon, Luc est à la fois collégien et dealer (d’herbe), notamment pour son psy (Ben Kingsley, enfin plausible en vieux schnock défoncé). Que la fumette soit un personnage très principal est intrigant, le code hollywoodien ayant imposé le dogme du no smoking, dans un pays où en griller une doit se balader, sur l’échelle de l’horreur, entre la pédophilie et l’athéisme. Or, The Wackness est une tabagie.

Audace, se dit-on. Mais on en rebat vite quand on saisit que l’action se situe (prudemment ?) en été 1994, qui voit conjointement l’élection de Giuliani, le maire nettoyeur de New York, et l’explosion du hip-hop. Un sympathique SOS de nostalgie est probablement caché dans ce film.

Léger retour en arrière aussi avec Lakeview Terrace ( « Harcelés » ) de Neil LaBute. Un jeune couple mixte (elle est noire, il est blanc) emménage dans une chouette maison du quartier moyennement chic de Lakeview Terrace à Los Angeles. Mais le voisin n’est pas commode : flic et père célibataire, il va leur chercher des crosses de plus en plus sadiques. On y croit parce que c’est Samuel L. Jackson qui fait le voisin et qu’il n’est jamais meilleur que dans ces rôles de vipère au poing. Le pire, c’est quand il sourit.

Mais une fois compris qu’il est complètement givré, la toile de fond des incendies qui ravagèrent l’an passé les environs de Los Angeles fait office de métaphore éléphantesque : le mal, le feu, le diable, tout ça.

Les scènes de cul (filmées comme dans un épisode inédit du Loft, included la piscine) sont cependant avouables, grâce aux anatomies plus que bandantes de Patrick Wilson (le mari) et Kerry Washington (la femme). Mais, il faut, fatalitas, que tout cela se dénoue par la promesse, faite au minimum à Dieu, que les deux niqueurs harcelés vont fonder fissa « une vraie famille ».

Paru dans Libération du 09/09/2008


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