« Spéciale Première », troisième Une
par Edouard Waintrop
tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , le coin du cinéphile
Jack Lemmon et Walter Matthau dans Spéciale Première. DR
Spéciale première (The Front Page) de Billy Wilder (1974) avec Jack Lemmon, Walter Matthau et Susan Sarandon, 1h45, Bac video, 19,99 euros.
C’est au moins la troisième adaptation cinématographique de la pièce de Charles McArthur et de Ben Hecht, pas la toute meilleure même si elle n’est pas mal du tout. Comme les autres, elle raconte comment Walter Burns, le rédacteur en chef d’un grand journal de Chicago, piège son meilleur chroniqueur judiciaire, Hildy Johnson, qui veut quitter le métier pour se marier. Comment il le force à continuer à travailler pour lui. La première adaptation signée Lewis Milestones (de 1931 avec Adolphe Menjou et Pat O’Brien) est peu connue chez nous. La deuxième, His Girl Friday, mise en scène (en 1940) comme une screwball comedy par un Howard Hawks en grande forme, est sans doute la meilleure. Le personnage de Hildy Johnson y est une femme (Rosalind Russel) et l’histoire vacharde entre elle et Burns (Cary Grant) se double d’une histoire d’amour toute en sous-entendus. La troisième est celle de Billy Wilder, et elle date de 1974. Walter Burns y peste évidemment toujours contre son journaliste vedette qui ne s’est pas présenté à la prison centrale dans le local réservé aux journalistes pour y suivre l’exécution d’un soi-disant dangereux assassin. Apprenant qu’Hildy veut se marier, Burns commence par essayer de détourner sa future épouse. Mais l’attrait de son travail fera beaucoup plus que tous les stratagèmes pour empêcher le journaliste de partir en justes noces comme prévu. Le condamné à mort s’échappe en effet pendant qu’Hildy visite ses confrères et sable avec eux le champagne de leur séparation définitive. Il n’en faut pas plus pour que le démon du journalisme ne le reprenne. Les forces de ce Spéciale première sont d’abord le dialogue de la pièce de 1928, satyrique et méchante comme souvent quand la plume de Ben Hecht (Je hais les acteurs) a été sollicitée. La peine de mort, l’usage de celle-ci à des fins électorale, le peu de morale des politiciens y sont vertement brocardés. Mais c’est le talent des acteurs, principaux et secondaires, qui fait le véritable attrait de cette version de The Front Page. D’abord Jack Lemmon. Il n’est jamais meilleur que sous la direction de Wilder avec qui il a déjà joué Certains l’aiment chaud, La garçonnière, Irma la douce, La grande combine et Avanti ! Rien que du bon ou du très bon. Ici il est assez étonnant, cabotin, un tantinet féminin. Son patron Burns, son pendant vachard et très masculin, est lui interprété par un Walter Matthau en grande forme. Les autres acteurs ne sont pas en reste. Susan Sarandon, alors toute jeune, fait une fiancée crédible de Lemmon et, dans les rôles secondaires, ceux des autres journalistes ou des politiciens, on trouve des pointures comme Allen Garfield, Charles Durning, Herb Edeleman, Vincent Gardenia, Harold Gould. Et cet acteur, peu connu sous nos latitudes mais excellent, qui se nomme David Wayne. Le tout fait que ce film, certes mineur, nous fait passer un sacré bon moment.
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