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lundi 27 octobre 2008 11:09

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Srebrenica : Canal+ historique

Téléfilm. La chaîne cryptée diffuse une fiction autour du policier français qui avait enquêté pour le TPI.

par Marc Semo

tag : Canal+

Benoît Magimel joue le personnage inspiré du policier français Jean-René Ruez. Photo Jérôme Prébois. Canal+

Résolution 819, de Giacomo Battiato, scénario de Thierry Jonquet, Canal+, 20h50.

Le policier français Jean-René Ruez était arrivé à Tuzla, où confluaient les rescapés de Srebrenica, quelques jours à peine après la conquête par les forces serbes de cette enclave musulmane du nord-est de la Bosnie, placée théoriquement sous la protection de l’ONU. C’est du moins ce que stipulait la résolution 819 du Conseil de sécurité, adoptée en 1993, qui donne son titre à ce film efficace.

« Nous voulions vérifier les premiers témoignages relayés par les journalistes sur les exécutions systématiques des hommes en âge de combattre », raconte l’ancien enquêteur du Tribunal pénal international (TPI) pour l’ex-Yougoslavie qui fut, selon les propos même du procureur, « le cœur et l’âme » de la longue et difficile instruction sur le massacre de quelque 7 000 civils musulmans, le plus important crime de masse commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les preuves recueillies ont abouti à la condamnation pour génocide du général serbe Radislav Krstic, l’un des responsables de la logistique de l’assaut sur Srbrenica, mais le véritable maître d’œuvre de la tuerie, le général Ratko Mladic, chef militaire des Serbes de Bosnie, est toujours en cavale.

Le personnage central du film, Jacques Calvez, magistralement interprété par Benoît Magimel, est directement inspiré de celui de Ruez, qui officiait à la Brigade de répression du banditisme de Nice avant de se porter volontaire pour le TPI. Sa mère est allemande et il est souvent allé en vacances outre-Rhin. Très jeune, il avait voulu comprendre comment l’extermination industrielle de six millions de juifs par les nazis avait été possible. Il passa plus de sept ans sur l’enquête bosniaque et elle continue de le hanter. « Les difficultés étaient à l’échelle du crime, avec des milliers de victimes, une soixantaine de sites d’exécution, des dizaines et des dizaines de fosses communes secondaires où furent déplacés les corps, des scènes de crime éparpillées sur un territoire de quarante kilomètres sur soixante-dix encore sous le contrôle des criminels ou de leurs suppôts », explique l’enquêteur français, dont le film raconte la patiente quête. Les témoignages, dont ceux de quelques rares miraculés, n’étaient qu’un point de départ. Il fallait des preuves concrètes, démontrer les exécutions. Cela impliquait de trouver les charniers et d’identifier les corps.

Le film s’ouvre sur la chute de l’enclave et les civils fuyant vers la base des Casques bleus hollandais. Le réalisateur, Giacomo Battiato, connaît son métier. La reconstitution des lieux en République tchèque est suggestive. Interprété par l’acteur bulgare Dimitri Ilic, le truculent et sanguinaire soudard serbe bosniaque Ratko Mladic est criant de vérité. Il organise le tri séparant les hommes des femmes. Puis commencent les massacres.

Après ce début choral, le film raconte l’enquête, nécessairement moins spectaculaire. On la pimente d’une idylle et de quelques ­épisodes invraisemblables, comme une mission nocturne clandestine du flic de l’autre côté des lignes, mais l’essentiel y est : la réalité du travail de l’enquêteur sur un crime de masse. Résolution 819 a donc l’immense mérite de rappeler au grand public ce que fut ce massacre. Il est d’autant plus regrettable que ce propos soit affaibli par le manichéisme de l’intrigue : tous les Serbes y sont affreux sales et méchants. Il y eut pourtant à Belgrade quelques justes, des opposants de la première heure au régime de Milosevic et des responsables d’ONG, qui eurent le courage de dénoncer l’horreur et d’aider les enquêtes.

Paru dans Libération du 27 octobre 2008


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