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samedi 25 avril 2009 15:48

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Stanley Milgram, le test de la banalité du mal

Menée de 1960 à 1963, l’expérience eut un retentissement exceptionnel.

par Eric Aeschimann

tag : science

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Exclusif : « Libération » a suivi le tournage d’un documentaire de France 2 qui met en scène un « jeu » où le candidat croit infliger des chocs électriques au perdant. Le but : dénoncer la télé-réalité.

Aux frontières du télé-réel

France 2 teste les limites d’un genre qui reste l’apanage des chaînes privées.

L’expérience de Milgram fut réalisée entre 1960 et 1963 aux Etats-Unis. En 1960, Adolf Eichmann est capturé par Israël, il est pendu en 1962 et l’année suivante, la philosophe américaine Hannah Arendt publie son compte rendu du procès, sous-titré Rapport sur la banalité du mal, écrit pour le New Yorker. Lorsqu’en 1974, Stanley Milgram tire le bilan de son expérience dans son livre Soumission à l’autorité, il se réfère fréquemment au procès Eichmann et la thèse d’Hannah Arendt. Si l’expérience Milgram fut un test de psychosociologie au retentissement exceptionnel, elle a été également une façon, pour la conscience occidentale après Auschwitz, de se demander comment des hommes ordinaires avaient pu commettre de tels crimes.

Dans Panique morale (1), le philosophe français Ruwen Ogien a examiné les réponses apportées par deux historiens de la Shoah. Le premier, Christopher Browning, auteur de Des hommes ordinaires, paru en 1992, fait référence à l’expérience de Milgram et, analysant le profil psychologique d’un bataillon de policiers nazis, en conclut qu’ils avaient des croyances ordinaires et que le mal naîtrait de la soumission à l’autorité et du conformisme de groupe. Or, pour Ogien, c’est là une lecture réductrice de l’expérience de Milgram : en effet, il suffisait d’introduire quelques variations pour faire élever considérablement le taux de refus des « candidats » (à qui l’on demandait de déclencher les chocs électriques) : par exemple, la présence d’autres personnes qui encourageaient à ne pas obéir, ou des détails alimentant la méfiance à l’égard de celui qui donnait des ordres, comme une blouse tachée, une façon trop familière de parler. Parler de soumission à l’autorité serait donc erroné. A contrario, les Bourreaux volontaires d’Hitler (1996) de Daniel Goldhagen, montrerait que les tueurs nazis n’étaient en rien des hommes ordinaires et notamment qu’ils étaient mus par la conviction qu’il fallait exterminer les Juifs.

Le philosophe Michel Terestchenko, qui a écrit Un si fragile vernis d’humanité ( 2), souligne un autre aspect : « Si les sujets de Milgram obéissaient, ils souffraient aussi : ils transpiraient, se montraient nerveux. Ce ne sont pas des robots, ils ne ressemblent en rien à Eichmann. » Ce qui ne les empêchait pas, si tiraillés qu’ils soient, de résoudre leur dilemme entre conscience et autorité au profit de cette dernière, « à condition que celle-ci soit légitime ». La « banalité du mal », ce serait donc la propension d’une majorité d’individus à accepter, dans des circonstances précises, de commettre des actes maléfiques.

(1) Grasset, 2004. (2) La Découverte-Poche, 2007.

A lire sur le même sujet :
- Téléctrochoc
- Aux frontières du télé-réel


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